Premières nouvelles

Salut à tous, 
Une quinzaine de jours que je suis arrivé sur Kerguelen, je commence par quoi?
 
Le voyage :
     C'était déjà pour moi une aventure. Pensez, 10 jours de bateau pour arriver à destination.  Les 40èmes rugissants ont été relativement cléments avec moi. 

p1020106-1.jpgBon j'ai quand  même vu à quoi ça ressemble des creux de 5/6 mètres, et c'est très sympa. Je  dis c'est très sympa parce que j'ai appris, à cette occasion, que je n'étais  pas sensible au mal de mer. Et puis aussi parce que le "Marion Dufresne" c'est  un bateau de 120 mètres et qu'on s'y sent en relative sécurité (le commandant  m'a toutefois confié qu'à l'approche d'un cyclone et des creux de 12 mètres, il n'en  menait pas large et que d'un seul coup le bateau paraissait tout petit). Le  "Marion", C'est le bateau qui, 4 fois par an, fait la rotation La  Réunion-Crozet-Kerguelen-île d'Amsterdam. Donc 6 jours après le départ de "La Réu" (on dit comme ça ici), après avoir profité pendant pas mal d'heures du vol des albatros qui nous accompagnent (plus de 3 mètres d'envergure !!!!!),  on arrive à Crozet. 

Crozet :
     A Thalassa, le vendredi soir, y'a des fois où ils nous parlent de "caillou posé sur l'océan, battu par les vents". Et ils nous montrent des  images, et on se dit pas mal ouais. Et puis un jour on voit Crozet, le matin,  vers 6-7 heures, le ciel est bas, et là on dit rien. On comprend d'un coup ce que c'est qu'un rocher au milieu de l'océan, des falaises, et la mer qui cogne, et le vent, les oiseaux. Et c'est à la fois magnifique et terrifiant.

p1000480-1.jpg(A Crozet on voit des cascades qui tombent à l'envers, si si, l'eau coule des falaises mais le vent est tellement fort qu'elle est projetée vers le haut et ne touche jamais la mer). Ici il y a des scientifiques qui travaillent, et tous ceux qui font en sorte que les scientifiques puissent travailler dans des conditions correctes: 27 personnes au total, qui restent là, pendant 1 an pour la plupart. On  débarque, par hélico, sur Crozet. On descend de l'hélico. Et là, y'a un des 27 qui s'avance vers vous, vous regarde dans les yeux, vous sourit et vous sert la main. Jusque-là, je ne savais pas qu'on pouvait mettre autant de chaleur dans une poignée de main. Il y a ensuite la balade sur Crozet, ma première manchotière, des manchots y'en a partout, tout autour, des petits et quelques adultes. Il y a une éléphante de mer, allongée là, si près que j'aurai pu la caresser. Et puis des pétrels géants, des oiseaux énormes, qui piquent sur un petit manchot  puis le bouffent, au milieu des autres qui ne bronchent pas. Il y a aussi les falaises, verglacées. La mer, je vous ai dit, qui cogne, le froid et les  rafales qui, ensemble, ravagent très vite la peau du visage. Et tout ça sent la vie et la mort, c'est d'une sauvagerie incroyable. Ca doit être ça, cette impression de temps primitif, qui fait qu'un homme qui vit sur cette île, bientôt, ne vous dit plus bonjour de la même façon.
Je viens de lire ça: "La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu'elle nous résiste. L'homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle". Saint-Exupéry, c'est sûr, a un jour croisé un mec de Crozet pour écrire ça.
     Retour sur le bateau. 2 jours de grosse mer. La houle, énorme, déboule de l'arriére du "Marion", et ça bouge à l'intérieur (penser à bien arimer ses valises dans la cabine et son assiette au restaurant). L'arrivée à Kerguelen se fait malheureusement de nuit.

Ker :
     On y est. Un peu d'attente à bord, les rotations hélico commencent. Je passe un gilet de sauvetage, on s'envole pour 1minute. Ca ne ressemble pas du tout à Crozet. Au niveau de la base (Port aux français), c'est tout plat, un paysage lunaire (pas de végétation, même pas d'herbe, sol noir, caillouteux). Atterrissage en douceur malgré le vent. L'accueil, lui non plus, n'a rien à voir. Attention, hein, très très chaleureux, évidemment, mais il n'y a pas l'émotion de Crozet. On sent très rapidement qu'ici la vie est moins dure, et ça rassure. Les collègues que l'on va remplacer nous prennent en main, nous installent dans nos chambres (toute neuve, 19 m², je n'ai jamais eu une chambre aussi grande !, toilette et douche privée, ça va le faire). Puis la météo: le bâtiment est à 2 km de la base.

 

paf.jpg Le paysage d'abord, un sol lunaire donc, mais vue sur la mer (le golfe du Morbihan, si si), des îlots et, un peu plus loin, les montagnes, enneigées, magnifiques, toutes plus ou moins aux allures de volcans: le "Pouce",  le "pain de sucre", la "pyramide Branca", le "chateau" (et ses créneaux) et au delà, le point culminant de l'archipel, le "grand Ross" (1850 m). Bon, je passe rapidement sur le boulot lui-même (observation, 2 bulletins de prévisions par jour pour la base et les "manipeurs", climatologie, et surtout radio sondage, il s'agit de lacher des ballons, ouais je sais, j'entends les moqueurs, mais c'est à coup de lancer de ballon que la science météo avance, si monsieur). Le hic c'est qu'on commence à 4h30, du matin (Arrrgh).


     Retour à Paf (Port aux français): Une douzaine de bâtiment pour le logement, des hangars, la centrale (énergie), 2 éoliennes, un hôpital (surtout ne pas tomber malade), un gymnase, une bibliothèque, un cinéma (!), un port, une chapelle, la poste, des serres, un restaurant et, last but not least, au dessus du restaurant: "Totoche". On apprend très vite à connaître Totoche, le bar de la base. Totoche c'est un billard américain et un autre français, 2 babys, une table de ping-pong, un jeu de fléchettes, une discothèque (24000 morceaux en stock!!!!), un écran géant, des jeux en veux-tu en voilà, des canapés et pour aller avec, bien sûr, des consommations,  toutes à 80 centimes (quatre vingts centimes). C'est évidemment un lieu où on se retrouve beaucoup, y'a de la lumière tous les soirs mais à vrai dire toutes les nuits aussi. Autant dire que mes 15 premiers jours ici ont été très difficiles (je ne parle pas du boulot là, mais vous aviez compris). C'est d'autant plus difficile que c'est plein de jeunes ici. Y'a certes des scientifiques sérieux (Météo, Cnes), des garagistes, des maçons, des plombiers, des électriciens d'EDK (Electricité De Ker), des centrales(-énergie) des infra(-structures), des cuisiniers, les petites Marie, un boucher, un docteur (bibker) et son infirmière, un bosco pour le bateau, un pompier mais il y a aussi des VAT (volontaires de l'aide technique) qui le jour travaillent pour pas cher à la recherche mais le soir vous entrainent à Totoche pour peu que vous soyez un peu de bonne compagnie. Ils ont entre 20 et 25 ans et ils sont  "popchat" (étudie la population de chats de l'île), "poptruite" (ben oui), ecobio, biomar, ornithos ou géner (general des VAT),  ils pétent la santé et se couchent très tard. Comme Totoche est LE bar officiel de la base et que ces jeunes sont des rebelles, ils ont créé des bars clandestins un peu partout sur la base. Bref, faut être fort dans sa tête pour résister aux sollicitations et désormais, je serai fort (mais pas ce soir là, passque ce soir c'est "traquenard" au bar clandestin de ...la météo!!).


     Pour dire la vérité, les 5 premiers jours ont été assez pénibles: les "partants" étaient encore là, pour passer les consignes aux arrivants, ça fait des journées où on travaille beaucoup, mais ça fait également des soirées où y'a plein de gens qui rient beaucoup mais aussi qui pleurent très vite après. Car en quelques mois on noue ici des relations très fortes et le départ, de toute évidence, est très douloureux. Le "Marion" est reparti, direction îles de St Paul et Amsterdam, les anciens à son bord, et depuis l'ambiance est plus saine.

 

le-ross.jpg
     Pendant ces 15 premiers jours, je n'ai pas encore eu le temps de quitter la base. Remarquez, pas la peine de la quitter pour avoir des sensations: Marcher 300 mètres vers la mer, écouter un râle immense qui vient des vagues, ouvrir les yeux, vous y êtes: un éléphant de mer, un truc immense, je sais pas moi, mais bien 4 mètres en tout cas, qui est là devant vous (à 15 mètres tout au plus), qui ouvre sa gueule de folie et qui vous regarde parce qu'il n'y a que lui et vous. Et vous oubliez de faire les photos qu'il faut faire.
     De toute façon ce n'est que partie remise: quand je ne bosse pas pour la météo, je deviens "manipeur"; dès demain ce sera ma première sortie sur l'île verte (2 heures de chaland pour y accéder): j'accompagne 2 VAT qui étudient...le choux de Kerguelen (ouais, des chercheurs qui cherchent, y'en a). On reste 6 jours là bas et pratiquement dans la foulée, je pars pour "Port Jeanne d'Arc", ancien port baleinier, vestiges 3 étoiles, avec Popchat, (on ne vous la fait pas, vous savez qui est popchat) pour 7 jours. Après une semaine de boulot je partirai à nouveau 5 jours à "Ratmanoff" (8 heures de marche), une manchotière qui va me dégouter à tout jamais des manchots (plusieurs milliers parait-il).
 
Bon, justement, il est l'heure pour moi de faire mon paquetage (et de préparer l'apéro météo de ce soir).
Maman, envoie moi des cacahuètes et des pistaches, on trouve pas ça dans ce pays.
 
Je vous embrasse

 

 

 

 

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