O.P.

     Je profite d'une vraie belle journée de tempête (vent moyen à plus de 80km/h et rafales à 110), un temps bien pourri, un temps d'Aigoual quoi (coucou JM), pour vous tenir au courant de mes dernières aventures. Je fais un peu le break en ce moment avec les manips, comme je l'ai déjà dit c'est assez crevant et au bout de quelques semaines on le ressent bien. Remarquez je dis ça mais en fait je repars demain...Bon ce sera cool, juste une manip d'une seule journée sur l'île longue, pour rabattre les moutons. Ben oui, y'a des moutons à Ker, en tout cas sur l'île longue qui est donc un peu notre garde-manger. Et puisqu'il y a des moutons, il y a un berger pour s'occuper d'eux, un berger et son chien, arrivés tout frais de la dernière OP.
    Ah oui c'est ça, il faut que je vous parle de l'OP. On dit OP pour Opération Portuaire. L'OP c'est en fait toutes les opérations qui se déroulent sur Ker lorsque le "Marion Dufresne" y fait escale. (Mais siiiii rappelez-vous, le "Marion" c'est le bateau qui m'a amené ici, depuis La Réunion)
 Une OP, c'est vraiment un moment éprouvant, à tous les points de vue. Celle-ci a duré 5 jours, c'est en gros ce que durent les OP habituellement, sauf celle de janvier qui ne dure qu'un seul jour et pendant laquelle les VATs quittent Ker.
En Mars (OP1), septembre (OP2), novembre (ainsi de suite...) et décembre (OP4, bravo), c'est par contre le grand chambardement sur base.
 
    3 jours avant le début de l'OP, il y a déjà la "soirée des partants". Apèro officiel avec tous, car toutes les manips sont arrêtées pendant l'OP et donc tout le monde est présent sur base (entre 2 OP il arrive qu'un tiers des effectifs soit de sortie, en manip). C'est déjà une première soirée, vous vous en doutez, très arrosée. Quand le "Marion" arrive, çà devient un gros bazar: l'hélico commence ses rotations. Il dépose les arrivants mais également une grosse partie du frêt, quelques tonnes de fuel aussi.

 

SoiréeCertains scientifiques se font héliporter directement sur leur lieu de travail, parfois très loin de Paf. Bref ce sont des vols continuels au dessus de la base, on n'est plus habitués à tant d'effervescence. Et puis il y a surtout l'arrivée des nouveaux qui perturbe beaucoup.Au coeur de l'OP nous sommes 120 sur la base, nous étions 60 avant l'arrivée du bateau. On ne sait pas -sauf à faire l'effort de parler avec chacun d'eux mais ce n'est pas évident- quels sont ceux qui sont de simples "visiteurs" et qui repartiront avec le bateau dès la fin des opérations. Les visiteurs, ce sont les hivernants de Crozet qui ont fini leur séjour et qui rentrent à la maison, ceux qui vont prendre leur fonction sur l'île d'Amsterdam, les touristes qui ont payé pour faire une rotation.

 

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     Parmi les nouveaux séjournants à Ker, certains ne seront présents ici qu'un seul mois (des scientifiques, parfois les chefs de labo des VATs) et encore passeront-ils quasiment l'intégralité de leur séjour en manip. Donc ce sont également des gens qu'on voit, mais très peu, et dont on sait pertinemment qu'on aura pas le temps de les connaître. Enfin il y a les nouveaux "hivernants", ceux qui resteront là de 8 mois à un an, qui feront en quelque sorte et très bientôt "partie de la famille". Mais en attendant ils sont très déstabilisés, ça se voit, et il y a trois mois je l'étais aussi. Car les anciens ont tendance, devant ce grand fouillis, à se retrouver ensemble, à faire corps en quelque sorte pour se protéger (donc c'est sûr, nous sommes déjà devenu de drôles de personnes). Enfin c'est comme ça que je le ressens. Donc les nouveaux ils faut qu'ils fassent un gros effort pour s'intégrer.
     C'est d'autant plus dur que les "anciens", durant ces quelques jours, vont se lacher complètement mais -inconsciemment ?- entre eux, car quand le "Marion" partira il emmènera quelques membres de la famille avec lui, alors on veut les vivre à fond, ces derniers moments ensemble.

 

trombi-3.jpgEt c'est évidemment très très arrosé mais aussi très très fatigant. C'est plein de rires et de fête mais je crois bien que je n'aime pas les OP, l'ambiance y est trop différente. Et puis aussi parce qu'il y a la moment redouté, celui du départ de certains anciens.
     Il y a quelquechose de fulgurant dans ces amitiés qu'on tisse ici, qu'on vit à fond pendant trois mois, et qui se terminent violemment, en une matinée, même pas, un vol d'hélico, 2 minutes.
     Sur la DZ (pour Dropping Zone, là où il y a un grand H dessiné au sol, l'endroit où l'hélico se pose), on se retrouve tous et au fur et à mesure des décollages on se dit adieu. Donc y'a ceux qui pleurent et ceux qui ne pleurent pas ont des grosses boules de toute façon. Un sale moment.
Un peu plus tard je suis allé voir, depuis le port, le Marion qui quittait la baie et qui emmenait à son bord Thierry Cnes, René pateux, Elise petite Marie, Rémy CER, Seb flotille, Seb EDK, Seb éléph, Simon éléph, Guillaume BCR, Stéphane et Ti' Roger infras pour ne citer que ceux avec lesquels ça collait vraiment bien.

 

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Je n'ai pris aucune adresse, je n'ai pas donné la mienne. Et à part quelques rares, je crois que les gens ne s'échangent pas leurs coordonnées. Comme si les liens créés ici pendant quelques mois n'avaient aucun sens ailleurs.
Maintenant que le "Marion" a quitté l'archipel, tout est calme. Nous sommes 89 sur base.
 
     Véro me demandait il y a quelques temps de décrire mon quotidien. Ben c'est peut être à cause du coté éphémère de notre séjour sur Ker, dont on est bien conscients, que les habitudes et le train-train n'existent pas ici. Je veux dire que moi je ne ressens pas du tout cette notion de quotidien et pour en avoir discuté avec la DisKer, je sais que je ne suis pas le seul.
 
     Quand on rentre en métropole il parait qu'il faut environ 2 mois pour "se remettre".
Je crois qu'il me faudra bien ça.
 
Tout ça, ça ne veut pas dire qu'on oublie ceux qu'on a laissé en métropole, ça serait même l'inverse.
 
Bises à tous
Didier.
 
 
 
 
 

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