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Salut à tous (outes) 

    Je pense que je vais vous faire grâce du récit de mon séjour sur l'île verte. Juste quelques petits mots tout de même pour vous dire que j'y ai compté et mesuré des choux (!!) - de Ker -, que j'y ai mesuré, par carrés d'un centimètre, la surface de l'Azorelle qui est une plante plutôt rampante, plutôt insignifiante et

 

cormoran.jpgque désormais si ça ne tenait qu'à moi je te rayerais çà vite fait de la surface de la planète (je vous assure que c'est vraiment chiant de mesurer, couché sur le sol trempé, la surface de l'Azorelle), pour vous dire que j'ai appris là-bas que les animaux - parfois les mêmes que chez nous - y ont un comportement, vis à vis de nous, très différent, pour vous dire que la sieste est interdite sur les îles car les oiseaux vous croient morts et viennent vous picorer les yeux (PLUS JAMAIS de sieste en plein air, un petrel géant qui vous frôle à 80 cm quand vous êtes allongés, ça fait peur!), pour vous dire qu'en manip, on vit à 4 dans une cabane grosse comme un abri de jardin,ilot.jpgque quand il n'y a pas d'eau courante ni d'électricité, on ne se lave pas pendant 1 semaine, on mange avec la même assiette et les mêmes couverts pas lavés pendant 1 semaine et ça permet de toujours se rappeler ce qu'on a mangé aux repas précédents, pour vous dire enfin que loin de Paf (Port aux français pour ceux qui n'ont pas suivi l'épisode précédent), loin de Paf donc, le temps est long et lent, et c'est bon.

     Après mon séjour sur l'île verte, je suis retourné sur Paf, j'ai bossé quelques jours pour Météo-France, et puis je suis reparti pour Port Jeanne d'Arc. On dit PJd'A.

     PJd'A, c'est assez loin. A pied c'est très très loin, plusieurs jours de marche, donc on y va en chaland. Le chaland est un bateau à fond plat qui dépose les VAT et leurs manipeurs un peu partout dans la baie. J'aime bien l'ambiance qui y règne que ce soit à l'aller ou au retour. On dépose ou on embarque les équipes une à une aux différentes haltes, tout le monde s'embrasse, on est content de partir en manip ou content d'en revenir, content de se retrouver en tout petit comité (rarement plus de 4 à 5 personnes vont en manip au même endroit), puis content de retrouver ceux restés à la base.

     Ce jour là, y'avait pétole.Pétole c'est pas de vent, et c'est assez rare ici. La mer d'huile, un léger brouillard, on distingue les sommets autour, la lumière est splendide. Tiens il ne manque que les dauphins pour que tout soit au top. Ben justement, finalement, les voilà les dauphins,

 

dauphins.jpgqui jouent avec l'étrave du bateau (photo, photo et photo). Le chaland navigue entre la multitude d'îles et d'îlots. On distingue au loin les ruines du port baleinier: PJd'A nous voilà.

    Le rituel du débarquement: au revoir à tous, déchargement des bagages et des touques, qui contiennent les victuailles et le matériel nécessaire à la manip, parfois de l'eau. Ici pas besoin d'amener d'eau, il y a un ruisseau près de la cabane et un système rudimentaire de captation, enfin normalement parce que là, ça ne marche pas. Je dis cabane car c'est comme ça qu'on dit en manip, mais ici il s'agit d'un vrai bâtiment dans un état très correct: une cuisine, une salle à manger, plusieurs chambres dont une sert de bureau, une salle de bain. Du grand luxe quoi, peut être un peu frais tout de même.

    Pour mon premier après-midi ici, j'aide Popchat à poser ces pièges. Enfin là, il n'est pas dur avec moi, je n'en pose qu'un, un petit kilomètre de marche. Je me lance ensuite dans la réparation de la plomberie. L'eau est captée dans la rivière, bon là c'est pas sorcier, je remets le captage en ordre. Ah si quand même il manque un bout de tuyau...Avec un peu de débrouillardise je remets ça en route, retour à la cabane, l'eau coule au robinet, c'est magique. Un peu plus tard le chauffe eau est allumé, de l'eau chaude!!!, wouah, PJd'A devient palace. Au cours de mon séjour je réussirai à prendre 2 douches chaudes, en 8 jours, vous pouvez penser que c'est pas beaucoup mais ici, je vous assure, c'est énorme.

    Les manips avec popchat sont très appréciées car une fois que ses cages sont mises en place, pour nous, il n'y a plus grand chose à faire: tout de même, si, je l'aide à étudier les chats qu'il réussit à attraper, enfin je veux dire je note les données qu'il me dicte: anesthésie, analyse du sang, mesures (tête, dents, pattes, testicules) et appréciation de son état de santé général. Quand il s'agit d'un chat qui n'a jamais été répertorié on lui insère sous la peau une puce (genre code barre) pour le reconnaitre à coup sûr la prochaine fois. Et puis on le baptise. Sur la presqu'île de Jeanne d'Arc se promène désormais une chatte appelée Pimprenelle, petit clin d'oeil à Nicolas, mon neveu tout neuf. Enfin elle ne se promène pas vraiment, ici la vie est dure pour les chats, il s'agit de survivre et en tout cas ils ne réussissent jamais plus de 6/7 ans.

    Mon temps libre je le consacre donc à la balade. En premier lieu, évidemment, à la visite du site.

 

port-jeanne-d-arc.jpgUn port baleinier, d'abord occupé par les norvégiens au 19ème siècle puis remis en route par les français en 1908, définitivement abandonné en 1926. On remarque 3 grandes chaudières dont on se demande comment elles tiennent encore debout, des cuves ou bien des bassins de décantation dont la plupart sont renversés, des barques éventrées, des rails et des wagonnets, des machines, des roulements, des clous et puis des fûts, des dizaines de fûts, tous bouffés par la rouille. On pourrait croire à une vaste décharge mais il y a autre chose. On déambule dans cet amoncellement de ferrailles, sur les restes de la rampe où étaient dépecées les baleines, on s'imprègne, doucement, de l'histoire du lieu. On essaye, tant bien que mal, d'imaginer ce que pouvait être la vie ici, il y a un siècle. Les tombes ça et là ou regroupées dans ce qui a dû être un cimetière, nous rappellent que des gens y sont morts. On la ressent très fort, l'âme de PJd'A.

    Depuis quelques années le patrimoine restaure quelques batisses: un atelier, la porcherie. Et ces bâtiments remis à neuf tranchent bizarrement avec ces montagnes de rouille et de bois pourri. Cette restauration en cours, c'est une grosse 

rip.jpgpolémique ici à Ker: il y a ceux qui trouvent normal de rendre hommage à ceux qui ont travaillé ici, de restaurer cette station baleinière, la seule présente sur le sol français et une des toutes dernières dans le monde, d'en faire le témoin d'une histoire même si, au fond, elle n'est pas glorieuse (la baleine franche a été presque complètement massacrée dans les eaux proches).Mais il y a ceux qui justement mettent en avant le coté meurtrier de cette activité économique et qui voudraient raser les restes de l'usine. Chacun se fait sa petite analyse en parcourant les ruines. Moi, je vois qu'ici, la nature a eu raison de l'homme, de son désir d'expansion et d'enrichissement. J'y vois, dans ces tôles qui battent au vent, la preuve que l'homme n'a rien à faire de durable sur l'archipel de Kerguelen.

   J'interromps ici mon récit pour vous signaler que je viens de lancer un ballon avec des rafales à 90 km/h, ah ah, bon le ballon ça doit faire pas loin d'1 metre cube hein, ah ah, les rafales qui vous rabattent ce satané ballon au sol alors que son destin ben c'est d'aller vers le haut, vous venez de rater un grand moment de solitude de moi-même au moment où le ballon en question m'a éclaté dans les mains, ah ah je vous dis, 2eme lacher, le ballon est parti, oui mais la sonde s'est irrémédiablement et violemment vautrée à terre - grand moment de solitude numéro 2 - et là, oui, Dieu existe, la sonde elle fonctionne encore malgré le coup qu'elle a pris, et le ballon l'emmène et le ballon fait sa vie, ouffffffff...
Revenons à nos moutons.

     PJd'A, avant d'y être, on vous en parle, mais on ne vous en parle que pour évoquer ce port. Pjd'a est situé sur la presqu'île Jeanne d'Arc, un territoire suffisamment grand pour ne pas être parcouru en quelques jours. Ont suivi 3 jours de temps relativement clément qui m'ont permis d'en avoir un tout petit aperçu.

    Je me suis d'abord aventuré vers le canyon du charbon. Ca grimpe tout de suite, ça devient rapidement vertigineux,

 

Près-de-pjdale sol est très meuble et j'espère que tout ça, avec moi dessus, ne va pas glisser dans le ravin. Bon ça tient, jusqu'au sommet. De là haut, vue 3 étoiles sur le golfe et les îles. En contrebas, les cascades sont magnifiques. Je redescends par le fond du canyon, enfin j'essaye, quelques passages sont périlleux. Quelques trous d'eau appellent à la baignade, mais la température de l'eau, elle, appelle à la réflexion: je remets çà à plus tard. Retour à la maison.

    Ca n'est pas le premier soir que j'ai vraiment ressenti le froid. Je pense que c'est vers le 3 ou 4ème jour que c'est devenu vraiment pénible. Il n'y a qu'un radian pour chauffer ces pièces immenses et encore n'est-il allumé que 2 heures par jour. On reste donc très couvert à l'intérieur. Et puis la température extérieure, au fil des jours, s'est mise à baisser. Oh pas bien bas, ça devait être entre -2 et 0°. Le problème c'est que c'est aussi la température à l'intérieur. Dès qu'on reste immobile on sent le froid qui pénètre sous les vêtements et la seule façon de m'en débarasser était de me glisser dans mon duvet (duvet+sac à viande+thermolactyl). J'ai donc fait des siestes tous les jours! Rapidement l'eau a gelée dans la conduite d'arrivée. Au meilleur de la journée un mince filet d'eau coulait encore, pas assez pour enclencher le chauffe-eau, ce qui explique le petit nombre de douches - va te laver avec de l'eau à 0 degré... Oui, oui, 0 degré, je le sais, parce que les derniers jours, quand on se levait le matin, il y avait une pellicule de glace dans les bassines. Le soir, on mange à la lueur des bougies. C'est très romantique,...le premier soir. 

    Nicolas (le deuxième manipeur, nous sommes trois à PJd'A) a repéré des éléphants de mer à 3 kilomètres de là, ce sera le but de ma deuxième balade. C'est très agréable de sortir, on se réchauffe vite en marchant et le paysage est toujours aussi beau. Je regrette d'avoir choisi les chaussures de marche plutôt que les bottes au moment de franchir un petit torrent. Et puis j'arrive au "halage des swains" une langue de terre qui sépare la baie de l'océan, et qui fait que la presqu'île n'est que presque une île. C'est là que m'attend, effectivement, la famille éléphants de mer. Un gros mâle (pacha), 5 ou 6 femelles et 4 petits. Ceux-là, avec leur mètre de longueur et leur 40 kg ne sont nés il n'y a que quelques heures. Un bonbon (bébé éléphant), ça aboit, comme un chien, et ça reste tout près de sa mère. Le pacha, lui, s'en fout un peu. Son truc à lui c'est les gonzesses: un pacha digne de ce nom ça possède un harem qui peut dépasser parfois plus de 100 femelles (!!) donc forcément ça a autre chose à faire qu'à s'occuper des chiourmes. Un pacha pas digne de ce nom, c'est celui qui a pris sa grosse rouste dans un combat féroce avec un de ses congénères, ça saigne parfois de partout, et alors c'est tintin pour le harem. On peut s'approcher tout près des petits, des mères aussi, mais il faudrait être un grand malade pour s'approcher d'un pacha, même d'un perdant (4 à 5 mètres de long, plusieurs tonnes, pas que de la graisse, loin de là).

    Enfin, il faut bien que je vous parle de la rando que j'ai fait avec Nicolas. Ca grimpe fort là aussi, mais beaucoup plus longtemps. Je m'aperçois vite que je manque d'entrainement. La végétation disparait pour laisser place au pierrier. Et ça grimpe toujours. Bientôt de la neige au sol, par plaques, puis de la glace. Le temps n'est pas top, beaucoup de nuages, mais y'a pire. D'ailleurs ça va venir. Bon, honnêtement, je n'étais pas tout frais quand je suis arrivé au sommet du mont du refuge. "Sommet", ça va vous faire rire quand vous connaitrez son altitude - 614 mètres.

 

BlizzardOui, sauf qu'ici, c'est Kerguelen. Il y a sur cette planète des terres civilisées et d'autres vierges. J'ai vu ici des montagnes sauvages qui tranchent singulièrement avec nos montagnes domestiquées. A Ker, pour grimper à 1000 mètres il faut déjà être un alpiniste chevronné.

    C'est en poussant vers le mont des lichens, sur le bien nommé plateau des vents, que le blizzard s'est levé. On marche face au vent, la neige cingle le visage, on n'y voit plus rien, il est où, le mont des lichens ? Et il faut faire un effort pour se persuader que si, malgré tout, on ne marche en ce moment qu'à une altitude de 550 mètres, quand on se croirait à 2500 (ou à l'Aigoual, qui n'est pas tout à fait domestiqué). On arrive enfin à ce second sommet (603 mètres!!), ça se dégage, et c'est l'océan qui se dévoile et les falaises qui s'y jettent. Et d'autres falaises, à l'est, vers lesquelles nous nous dirigeons après une petite collation. Elles sont abruptes de plusieurs centaines de mètres et tout au fond, un lac glacé.

Et je ne pourrai pas vous faire profiter de çà, car les photos ont leurs limites.

 

vallee-enneigee.jpg

     Sur le retour le blizzard remet ça, mais cette fois-ci le vent dans le dos. On s'enfonce dans la neige, parfois jusqu'au genou, là où tout à l'heure il n'y avait presque rien. Avec la descente, le soleil est de retour, je laisse filer Nicolas, ces jeunes ont la santé. Je profite de la verdure retrouvée pour m'allonger un peu - ici pas d'oiseaux - et profiter d'une vue plongeante sur la baie.

    Ca a été ma dernière balade (plus de 6 heures de marche tout de même), ensuite le temps s'est vraiment détérioré. J'ai encore aidé popchat dans deux manip: tous les 100 mètres, répertorier la végétation sur une longueur (transect) de 2700 mètres. Je retiens de cette manip que l'acaena est très présente dans le coin, l'acaena est une plante rampante et moche qui ne ressemble à rien et là vous n'avez rien raté (oui c'est cà, c'est comme un vilain gazon). Il y a eu enfin sur le retour, la manip de la mort, la manip sherpa. Il s'agit simplement de ramener les pièges à chat à la maison. Un piège ça pèse environ 10 kg, on t'en met trois sur le dos et c'est parti pour trois kilomètres. Tu marches dans les souilles, c'est un peu comme un marécage avec donc de l'eau partout, en général pas plus de 7 à 8 cm d'eau, oui mais des fois 50 cm d'eau. Le jeu consiste évidemment à éviter les trous de 50 cm. Les cages ont une bonne prise au vent, et même si il est de 3/4 arrière, la progression est parfois pénible.

Bref, j'arrive complètement cassé.

    Au septième jour nous devions rentrer sur Paf. Le pilote du chaland, devant la mer déchainée et le manque de visibilité s'est arrété une nuit sur l'île longue, bien avant Pjd'a, pour se mettre à l'abri de la tempête. J'ai attendu pratiquement tout le jour dans mon duvet, à ce moment là, le froid qui régnait dans la maison devenait vraiment dur. Le huitième jour, enfin, le chaland était de retour. Embarquement des touques, des bagages, retrouvailles, embrassades, rigolades. A mi-chemin l'alarme incendie se déclenche dans la salle des machines, petite panique à bord. On rentre sur un seul moteur.

    Les dauphins sont là.

 

Bises à tous.

 

 

 

 

 

Commentaires (1)

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