(Publié le 18 février 2017)Laos Boloven

 

 

     Pakse n'est pas la destination de vos rêves, je vous assure. Pas vraiment désagréable non plus mais le seul truc d'intérêt que j'y ai  trouvé a été de me balader au bord de la rivière, jusqu'au confluent avec le Mékong. Il y a là des petits bouis-bouis fréquentés par la jeunesse lao, on y mange des trucs bizarres mais qui ne rendent pas malades, l'ambiance est sympathique, et les couchers de soleil y sont franchement corrects. Bon, voilà, pas de quoi en faire un article de blog.

 

 

 

     Il y a cependant, à portée de scooter de Pakse, un beau site archéologique. Vat Phou est un temple d'origine khmer, désormais à l'état de ruines. Mais on ne se refait pas, et j'adore les vieilles pierres. Plutôt que vous embêter avec mes superlatifs de vieux schnock, je vous laisse en profiter avec quelques photos.


 

     Le véritable attrait de Pakse c'est sa proximité avec le plateau des Boloven. On prépare un sac pour 3 jours, on enfourche un scooter à prix cadeau (moins de 5€/jour), et c'est parti.
Les premiers kilomètres ne sont pas folichons. Mais c'est intéressant de voir, en banlieue de la ville, que les "commerces" (entre guillemets car ils n'ont rien à voir avec les nôtres) se regroupent par genre. Il y a la zone où on ne vend que des pastèques, la zone où on ne vend que des plantes vertes, puis celle de la vannerie, celle de la ferronnerie... On trouve dans ces boutiques brinquebalantes installées en bord de route de jolis objets, personnellement j'adore les balais laos.
Puis vient la campagne. L'environnement beaucoup moins montagneux qu'au nord du pays a  permis à l'agriculture de se développer. On voit ainsi beaucoup de champs de cette plante haute sur tige, très verte, et qui donne une racine rouge qu'on retrouve sur les petits étalages de bords de route. Ça m'a tout l'air d'être du manioc. On voit des courges aussi; de la canne à sucre... Et puis bientôt du café, mais bizarre le café, j'y reviendrai.

     À la lecture de mon guide je n'avais pas particulièrement envie de m'arrêter au petit village de Tat Lo. Mais rapidement conquis j'ai pris le temps d'y boire une bière qui elle-même m'a conseillé d'y passer l'après midi et la nuit. J'ai écouté les conseils de ma beerlao, qu'au Laos on boit en bouteille de 66cl.
Tat Lao dégage une atmosphère sympa comme tout. Elle est construite en bord de rivière, tout près de chutes d'eau qui sont la marque de fabrique du plateau des Boloven. J'ai posé ma mob' et mon sac chez Loïc qui tient avec sa compagne elle aussi francaise une guesthouse tout ce qu'il y a de bien. Ils m'ont conseillé 2 balades que je me suis empressé de faire. La première m'a mené sur une cascade d'où le point de vue sur la vallée est saisissant. Gaffe à la baignade, si on se loupe c'est un grand saut de plus de 50m qui vous attend.

 

Boloven

 

     Au retour je me suis arrêté dans le petit village de Ban Khiang Tadsoung construit en cercle autour de la "maison des esprits". Une tradition parmi plein d'autres dans le coin. En effet, un bon paquet d'ethnies différentes vivent dans la région (Ngae, Souay ou Ta-Oy par exemple), chacune avec des us et coutumes propres.

 

Boloven - Village

 

     Plus loin (toujours sur conseil de mes hôtes) j'ai visité un autre village qui se consacre à la culture du café. Le village lui même, un tout petit peu en retrait de la route, est magnifique et plein de vie. Et puis il y a dans ce bled un type qui se fait appeler Mister Hook (ouaip) et vous fait visiter les champs de café, mais pas que. Mr. HookIl vous apprend plein de chose monsieur Hook, notamment que les français ont été les premiers a cultiver le café à grande échelle (à Madagascar). Que ce sont eux, les français, mais aussi les allemands et les hollandais, qui ont fait que le café est désormais cultivé un peu partout dans le monde. Mr Hook vous apprend à distinguer un plant de café arabica, d'un autre robusta, et enfin d'un excelsa. celui là, est grand comme un arbre et c'est ça que je trouvais bizarre le long des routes (avant ça je n'avais vu au cours de mes voyage que de l'arabica qui est plutôt un arbuste). L'excelsa vous n'en avez peut être jamais entendu parlé c'est pourtant le plus commun des cafés et vous en avez tous goûté: c'est celui qui entre dans la composition du Coca et du pepsi, mais il y en a aussi dans les comprimés de paracétamol et dans plein d'autres trucs. Mr Hook est un trésor de savoir. Après ça il vous parle de son village et de son ethnie et c'est passionnant. Ici les hommes sont polygames ce qui en soit est réjouissant. Mais, mieux encore, un type qui a 3-4 femmes peut arrêter de travailler car ce sont elles qui font le boulot.

 

 

 

Dans le village de Mr Hook     Ici il y a 3 cimetières: un pour les gens qui meurent de manière naturelle, un pour les femmes qui meurent en accouchant, un pour les gens qui meurent accidentellement. Ceux-ci sont porteurs de mauvais esprits. 10-15 ans après leur mort on prélève les os et un petit jeu de passe-passe permet de savoir si les esprits noirs sont encore présents. Si ils ont disparu, le défunt peut réintégré le quartier des morts qui n'ont rien à se reprocher. Quant aux morts "naturels" sachez que les corps sont gardés par la famille chez eux, pendant plus d'un mois avant qu'on les brûle. Tradition charmante.

 

     Pour finir avec les vivants, j'ai trouvé que les maisons étaient assez grandes, et je trouvais ça sympa. Jusqu'à ce que Mr Hook m'apprenne que Dans le village de Mr Hookles gens vivent à plusieurs dizaines dedans ! Il m'a montré une maison où ils sont 64 à vivre, une autre 45. Wahou bonjour l'intimité. Avant de nous quitter, Mr Hook m'a appris à crever l’œil de mon ennemi à 3m de distance avec une...herbe (si si, donc ne m’embêtez plus désormais !!), il m'a appris à manger correctement les fourmis au goût citronné (en enlevant la tête sinon elles vous bouffent l’œsophage avant de succomber) et, pour finir sur une note plus légère, à faire des bulles  de savon avec de l'herbe et la sève d'une plante.

 


 

     Bref je suis un peu long, mais c'est parce que j'ai adoré cette découverte et si vous ne devez faire qu'une visite au Laos, choisissez celle-la. C'est le top (il vous faudra laisser 5.000 kip pour les villageois et 15.000 pour Mr Hook, soit à peine plus de 2€ pour un moment unique et instructif). Le 2ème et dernier jour consacré à cette boucle est nettement moins intéressant. On peut certes se rapprocher de petits villages mais, sans langue commune, les échanges sont limités avec les habitants. À défaut, on peut se contenter de la beauté de certaines chutes d'eau splendides.

Boloven