(Publié le 8 août 2016)Japon Hiroshima

 

     C'était une évidence qu'Hiroshima serait une étape obligée de mon voyage au Japon. En ce qui me concerne, pèlerinage rime avec histoire et pas forcément avec religion.

 
 
 
 
     Ce qui choque ici, c'est que tout est normal. On sort d'une grande gare; dehors les grandes avenues, les voitures silencieuses, quelques immeubles modernes, des bus, un tramway et des gens qui vont et qui viennent. Ce qui m'a choqué c'est que les hommes ont tourné la page, comme si ici n'avait eu lieu qu'une péripétie de l'histoire.

Hiroshima
     C'est probablement mon côté vieux con qui veut ça, mais il me semble qu'il y a des lieux où, à un moment, l'histoire aurait dû s'arrêter. Il y a des lieux qui se doivent d'être sanctuarisés comme l'ont été Auchwitz, Oradour sur Glane, ou les champs de la bataille de Verdun.
À Hiroshima la vie a repris, et la cité a effacé les traces de l'histoire, quelle horreur. Je marche quelques centaines de mètres depuis la gare et je tombe sur des terrasses de café en bord de rivière, les plus agréables trouvées au Japon depuis mon arrivée. Je trouve presque indécent de me sentir bien dans cette ville.

 
     Venant du "vieux continent", c'est étonnant de se dire que, de tout ce qu'on voit dans cette ville, absolument rien - ni les bâtiments (à une exception prés) ni les arbres - ne peut avoir plus de 71 ans. Quoique si, il reste ici des survivants, les Hibakusha, ils seraient encore plus de 250.000 dans l'ensemble du pays et quelques milliers dans la cité.Hiroshima
En guise de voie sacrée, c'est une longue rue piétonne couverte et extrêmement commerçante (Mc Do et compagnie) qui mène au célébrissime dôme, seul vestige préservé d'une des pires tragédies que l'humanité se soit infligée. Ce qui aurait "sauvé" ce bâtiment, c'est le fait qu'il se soit trouvé quasiment pile poil sous l'impact (ce type de bombe explose en altitude). C'est évidemment le passage obligé des touristes mais pas seulement: Barack Obama était lui aussi en visite au moment de ma venue (on a échangé quelques mots mais on a finalement fait chambre à part). C'est étonnant l'Histoire, on en arrive a être ému devant un édifice qui, dans le fond, est particulièrement moche. Pour rappel à ceux qui ont la flemme de fouiller sur Wikipedia, le 8 août 1945 à 08h15, ce sont 80.000 personnes qui ont été tuées instantanément autour de ce bâtiment. 60.000 autres sont mortes dans les semaines suivant l'explosion de la 1ere bombe atomique lâchée sur des populations civiles. Si il ne reste rien de visible de l’époque dans la rue (certains voulaient même raser le dôme avant qu'il ne soit classé patrimoine mondial), un musée assez bouleversant retrace ce triste épisode de l'Histoire. On y voit des maquettes, des vêtements portés par les victimes, des objets plus ou moins fondus (l'explosion a fait grimpé la température ambiante de plusieurs milliers de degrés), une maquette qui permet de se rendre compte de l'effroyable efficacité de cette arme, et puis des images assez insoutenables: des blessés dont la peau n'est plus que lambeaux ou encore une ombre sur des marches, seule trace restée d'un type qui était assis peinard au moment de l'explosion.
     Dans un mode plus léger, à 30 stations de tramway Hiroshimadu centre-ville (si, si) et 10' de ferry, il y a une photo immanquable à faire au Japon. Il faut évidemment venir un jour de beau temps, en semaine pour éviter la foule et à marée haute pour avoir la vision du torii le plus célèbre du Japon les pieds dans l'eau. De mon côté je l'ai donc fait un dimanche, il pleuvait avec une visibilité pourrie et la marée ne pouvait pas être plus basse. Plus looser tu meurs. Mais même dans ces conditions, ce magnifique portique vermillon aux courbes délicates dégage la zénitude  qu'on associe si naturellement au Japon. J'imagine qu'au soleil levant, ou couchant lorsque la foule est retournée en ville, le lieu doit être magique, et propice à la méditation.
 

Revenons aux fondamentaux...

      Je ne vous ai pas encore beaucoup parlé de la cuisine japonaise, pourtant très renommée. Bien que les "alphabets" nippons soient indéchiffrables par le commun des mortels, au restaurant il est facile de choisir son plat: il est le plus souvent présenté avec une photo et parfois vous pouvez même le choisir à partir de reproductions en plastique exposées en vitrine. C'est très très kitsch mais ça a le mérite d'éviter les prises de tête.


     La vérité c'est que j'ai été globalement déçu par tous les plats à base de poisson. En règle générale, et même si il est toujours très frais, il manque cruellement de saveur. Quant aux coquillages et crustacés, ils sont peut-être très bons, mais leur prix a été dissuasif, et pas seulement leur prix. Par exemple vous pouvez acheter les huitres déjà séparées de leur coquille, au kilo, j'allais dire à la louche car on vous les présente baignant par dizaines dans un grand saladier, c'est juste écœurant (et pourtant je suis grand amateur).
Non. Côté cuisine, le vrai coup de cœur a été la viande de bœuf, un délice auquel je ne m'attendais pas. Elle semble très nervurée mais c'est une impression fausse. Cette viande (la plus internationalement reconnue est celle de Kobé, mais il y en a d'autres) vous fond littéralement dans la bouche.


     La grande spécialité culinaire d'Hiroshima c'est le Okonomiyaki, une espèce de crêpe fourrée de tout un tas de choses - lard, crevettes (oui, oui avec le lard), huitres (je vous dit que si !), choux, oignons, pâtes, salade et sauces diverses). Les cuistots préparent ça devant vous, sur de grandes plaques inox chauffantes, et je m'en suis régalé à 2 reprises.
 

     Étonnamment, les restos font rarement référence à la cuisine française, alors qu'on trouve énormément de bar à tapas ou encore de pizzerias. Par contre il semblerait que chaque boulangerie du pays y fasse allusion. Les mots "croissants" ou "baguette" y sont monnaie courante. Et en la matière les japonais ont vraiment tout compris, leurs viennoiseries sont vraiment excellentes, dignes d'un bon petit dej' français.


     Vous pensez bien que Thierry et moi nous sommes intéressés à l’œnologie nipponne, d'autant que le pays manque cruellement de grenadine. On trouve facilement des cavistes qui mettent avant tout en évidence les produits français - en premier lieu le Bordeaux - et en 2ème choix énormément de vins espagnols, italiens, américains ou australiens. Les vins japonais ne sont pas légion mais ça ne nous a pas empêché de tomber sur un "château Mercian", production locale tout à fait recommandable.

 

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Et maintenant...

La recette de l'Okonomiyaki en images:

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      En quittant Hiroshima, je me suis Hiroshimaarrêté à Himeji. Il y a là un très beau château fort, façon nipponne bien sûr, mais qui possède tout de même quelques points communs avec les nôtres. Par exemple les remparts, ou bien encore les douves où pullulent des carpes énormes.
La ville en elle-même ne casse pas 3 pattes à un canard mais la visite est assez chouette pour être mentionnée. Le château est facilement accessible à pieds depuis la gare, et les jardins tout proches sont à voir également.

Commentaires (8)

hervé
  • 1. hervé | 18/08/2016
si on devait conserver en l'etat tout les lieux ou l'homme a commis des actes barbars depuis, dison, le moyen age,l'europe serait un immense musé a ciel ouvert.
voila c'etait la phrase du jour a medité.
Thonthon
  • 2. Thonthon | 10/08/2016
Merci pour ce rappel de l' histoire afin de se dire " Plus jamais ça " ....Malheureusement expression devenue à la mode ?. Je te reconnais sur ton savoir sur les vins !!!!.... J' en profite pour faire plein de bisous à tes correspondantes ...Marie Christine , Lucie , Coralie .......
Coralie
  • 3. Coralie | 10/08/2016
Un passage honteux de l'Histoire.
Mais je retiens la dernière photo: la vie continue, la jeunesse fera mieux, ... on l'espère.
Personnellement je trouve ça plutôt pas mal d'avoir redonné vie à cette ville.
Lucie
  • 4. Lucie | 09/08/2016
Super le château, j'ai raté ça malheureusement !
allais
  • 5. allais | 08/08/2016
Comme d 'habitude,votre reportage est très intéressant et culturel.Et les photos magnifiques
Krut
  • 6. Krut | 08/08/2016
Un réel malaise, cette description de la ville, une vraie boule au ventre..
Quand l'Homme est capable de telles horreurs....ça fait réfléchir...
Je suis content d'être parti avant le passage par cette ville.
Bravo pour le reportage, ça ne laisse pas indifférent...
Filou
  • 7. Filou | 08/08/2016
salut cousin, très intéressant documentaire, comme toi, je suis passionné par ces lieux marquants de l'histoire; "dommage" que l'atmosphère ne t'ait pas plus marqué...
Marie Christine
  • 8. Marie Christine | 08/08/2016
Depuis mon smartphone, il y a plusieurs photos en diaporama qui ne s'ouvrent pas...

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