(Publié le 30 octobre 2015, bon anniversaire Quentin)Là-bas si j'y suis

 

 

 

 

 

 

 

 

     Le trajet de Latacunga à Baños aura été pour moi l'occasion de ma première expérience avec des pickpockets (la fille qui me bloque le passage dans l'allée centrale du bus pendant que son complice est derrière moi, avec accès direct à mon sac à dos, puis le complice en question qui s’assoie à côté de moi et que je surprends en train d'essayer d'ouvrir la poche de ma polaire, où se trouvait mon portable). C'est le genre de rencontres que je déteste d'autant plus que, bien que finalement j'ai pu déjouer à temps les mauvaises intentions de ces deux-là, ça vous rend par la suite méfiant de tout et surtout de tout le monde, un tantinet paranoïaque. Or ce ressenti-là va juste à l'opposé de ce qu'on cherche dans un voyage, la découverte et la rencontre.

C'est moche.

On essaie de continuer en pensant à autre chose, en se disant que ce ne sont pas deux malheureux crétins qui vont nous gâcher notre plaisir.

 

Baños

 

     Il y a à Baños une curieuse sensation d'oppression, qui n'a rien à voir avec cette fâcheuse expérience. Ce gros bourg est construit dans une vallée très encaissée, à 1800 mètres d'altitude. Autour les montagnes sont si hautes – et ce sont parfois quasiment des falaises - qu'on se sent tout petit et quelque peu écrasé. Heureusement, malgré cet environnement, la ville en elle-même est plutôt sympa. C'en est même miraculeux car c'est une concentration incroyable d'hôtels, de restaurants, de boutiques et d'agences qui ne visent qu'une seule proie : le touriste. Par chance les équatoriens ont La canne à qui ?leur place aussi et, à l'heure de la saison creuse, ils sont même largement majoritaires.

On - le touriste - vient ici car la région est riche en activités de toutes sortes, et surtout riche de toutes les sortes d'activités prisées par les d'jeun's : Canyoning, escalade, rafting, saut à l'élastique, tyroliennes, quad et j'en oublie sûrement.

Cependant, les plus hispanophones d'entre vous l'auront noté, le mot « baños » s'emploie beaucoup pour dire « toilettes » mais signifie avant tout « bains ». Oui, Baños est une ville thermale, avec pas moins de 4 centres différents. Voilà une activité pas violente, disons-le une activité de vieux, c'est tout ce qu'il me fallait. J'y reviendrai.

 

     Y'a quand même une autre activité peinarde à faire dans le coin : du vélo. Je connais parmi vous des adeptes, qui vont hurler en lisant ce que je viens d'écrire. Mais c'est qu'ici c'est un peu différent, c'est même un lieu béni du Dieu de la pédale : On fait du vélo uniquement en descente.Banos 13 Je me suis donc lancé sur la bien nommée « route des cascades » pour profiter d'un paysage tout de même pas commun : cette vallée très encaissée dont je parlais plus haut, parfois aux allures de canyon, la jungle qui envahit toutes les pentes, quelques micros-villages, des cascades en veux-tu-en-voilà et au fond un rio boueux qui fait des zigs et des zags à n'en plus finir. La cascade « pailòn del diablo » vaut vraiment un arrêt spécifique, mais sur l'ensemble du parcours les points de vues sont magnifiques. C'est donc dans ce décor que les plus intrépides se lancent des défis de d'jeuns : traverser le canyon en tyrolienne à fond les ballons, traverser le canyon en téléphérique douteux avec plein de vide dessous, parcourir le fond du canyon en canoë avec le rio qui fait plein de vagues qui font Une des nombreuses cascadespeur, ou sauter comme un naze au fond du canyon depuis un pont haut de plus de 100 mètres, en espérant que les élastiques équatoriens respectent des normes de sécurité minimales. Personnellement je me suis laissé tenter par un autre défi, tout aussi remarquable : trouver un bus pour remonter au village car, après 20kms de vélo j'avais un mal aux fesses je-vous-raconte-pas, et il était hors de question de remonter la pente à la force de mes petits mollets. Défi réussi, ça m'a coûté 10 minutes d'attente, 1$, et zéro effort.

 


 

 

 

 

 

     En montant à pied sur les flancs des montagnes situées au nord, on ne peut s'empêcher de se demander si le choix de la localisation de cette ville ne relève pas de la psychiatrie. Elle est non seulement bâtie sur les contreforts d'un volcan qui se réveille régulièrement, mais qui plus est au bord d'un précipice creusé par la rivière. Ceci probablement pour multiplier les chances de passer au journal télévisé au moment de mourir, le jour où l'une ou l'autre des catastrophes envisageables se produira, l'explosion du volcan ou/et l'effondrement de la falaise.

 

Devant la falaise, derrière le volcan

 

 

    

     A propos de précipice, je me suis rendu à « la casa del arbol »Avant que le brouillard se lève (la maison de l'arbre), sur les pentes verdoyantes du volcan Tungurahua. C'est une cabane construite, comme son nom l'indique plus ou moins, dans un arbre. Rien d'exceptionnel donc à première vue, sauf qu'à seconde vue on remarque 2 balançoires qui ont quelque chose d'unique : tous ceux qui passent ici veulent en faire. C'est que la casa est construite sur un arbol qui défie l'apesanteur et que de là, on se balance au dessus du vide. Bon d'accord... on se balance au dessus d'une très forte pente. Toujours est-il que si une corde de la balançoire lâche, on est bon pour 12 mois de rééducation. Petit frisson garanti.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On rigole

 

 

 

 

 

 

 

 

On se marre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pis voilà

 

 

     De la cabane je suis redescendu au village à pieds par un chemin pas balisé où je me suis perdu 10 fois. A toute chose malheur est bon dit-on, c'est ainsi que je suis tombé par hasard sur un hôtel-restaurant-bar un peu luxe, vue imprenable sur la ville, et surtout capable de me servir un expresso, mon premier café digne de ce nom depuis près de 2 mois. La fête à peu de frais.

 

 

 

    

     Partout dans le monde les thermes sont un univers de vieux et ceux « de la vierge »,Banos les bains à Baños, ne font pas exception. Ici certains clients sont même aux portes de l'hospice : ils se baignent avec des bouées alors que la profondeur maximale des bassins est de 1m50, j'vous jure. Bon, faut pas exagérer non plus, il y a dans les bassins probablement plus de germes que de vieux. Ça me paraît assez évident qu'en France les services d'hygiène fermeraient un tel établissement dans l'après-midi. Mais, pour avoir survécu à l'immersion dans les thermes crasseux de Mamiña, au Chili, mon corps a prouvé qu'il est capable de s'adapter à n'importe quelle attaque NBC (Nucléaire-Bactériologique-Chimique). C'est donc sans appréhension et plein d'inconscience que j'ai payé mon ticket d'entrée 2$.

Il y a 3 bassins principaux dans ce centre à l'air libre. L'eau est jaune, en tout cas plus elle est jaune, plus elle est chaude, directement venue des profondeurs de la terre via le volcan tout proche. On ressent les bienfaits de la baignade si on est réceptif, mais sinon on ne ressent rien. J'ai vu les vieux sortir de l'eau dans le même état qu'ils y étaient entrés, en se traînant, et toujours une bouée à la taille.

 

Pas de miracle aux « thermes de la Vierge », ici c'est Baños. C'est pas Lourdes.

 

 

 

Baños sur falaise

 

 

 

 

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