Phonolite

... Et je repars. Pour "phonolite", une vallée à 3 heures de chaland de Paf.
 
     Phonolite: n.f.  Roche volcanique acide, contenant un feldspathoïde et qui se débite en dalles sonores à la percussion (Petit Larousse)
 
     Les phonolites, le poët que je suis pourrait traduire ça par "les pierres qui chantent". Bon, toujours est-il que quand on marche dessus, que les cailloux cognent les uns sur les autres, ça ne fait pas un clonk vulgaire de caillou vulgaire, ça fait une note, harmonieuse, même que la note est différente en fonction de la taille de la pierre. Phonolite, je l'aurais écrit phonolithe, ben non, j'ai vérifié, c'est phonolite. La phonolite a des reflets verts, clairs, et sur les montagnes ça fait des taches, parfois de plusieurs centaines de mètres carrés. Ca se débite effectivement en dalles, un peu comme l'ardoise. C'est une roche volcanique car ici, sur la presqu'île Ronarch, à 30 kilomètres à vol d'oiseau de Paf, tout est d'origine volcanique. Ca fait des montagnes très belles, dont certaines - voyez le "Pouce"- ont des profils effectivement dignes des plus beaux volcans. Le point culminant de Ronarch c'est le "Wyville Thomson", un vieux-vieux volcan de 8 millions d'années, et si j'ai demandé à être de cette manip là c'est pour lui, pour les grimper, ses 937 mètres.

 

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cabane-phono-cuisine.jpgC'est aussi pour voir la "cabane phonolite" dont Baptiste m'a dit que c'est sa préférée sur l'archipel. Faut avouer, ça a de la gueule ! Oh, pas la cabane en elle-même, non, mais le cadre, l'environnement, est assez sublime. Nous sommes installés au pied de "la tête d'homme", qui nous surplombe de 400mètres, devant la vallée phonolite où coule la rivière phonolite (oui, oui, je suis d'accord avec vous, ils ne se sont pas foulés les pionniers !!), et au delà de la vallée les montagnes, la "Tour de Pise", la "Pagode", le "mont du Bel Air", et le "Wyville", évidemment.
     
     Le "mont rouge", ce n'est pas le plus élevé, loin de là, et ça m'arrange, parce que c'est là-haut que les autres manipeurs ont décidé de grimper, là comme çà, à peine arrivés de 3/4 d'heure de marche depuis que le chaland nous a déposé au halage. Pas le temps d'en profiter du cadre, de l'environnement, faut grimper, là, tout de suite, c'est ça les VATs, des mecs dangereux, je vous en ai déjà parlé. Moi qui revendique, le plus souvent possible, un statut de touriste contemplatif, je suis pour 5 jours entouré de grands malades, des grimpeurs fous: Baptiste (Géner, chef des VATs sur base, ne pas faire de concours à l'apèro avec celui-là), Nicolas (Géophy, j'ai déjà marché avec lui à PJDA), David dit "Mich" (environnement, s'occupe particulièrement des mouflons sur l'archipel et du coup nous ravitaille parfois en viande). Et puis il y a Olivier (Géophy également), et lui c'est pas un marcheur, c'est un cabri, le genre que vous, vous marchez péniblement dans la caillasse qui s'enfonce de 15 centimètres à chaque pas, ben lui pendant ce temps, sur le même terrain, il est sur coussins d'air, il sautille, il gambade. Vous ramez. Le genre énervant quoi. Vous avez compris, ceux-là marchent très bien, je veux dire bien au delà de mes capacités. Ils disent - Nico, Mich et Olivier, car Baptiste doit réparer la porte de la cabane - qu'ils "font" le "mont rouge" là, maintenant, et je suis prié de suivre. Et moi, comme une andouille, je dis oui, je vous suis. Vingt minutes plus tard je m'aperçois qu'à 250 mètres d'altitude l'air se raréfie, enfin je veux dire c'est vraiment l'impression que ça donne, puréeeee pourquoi j'ai dit oui. Ca tire bien sur les cuisses, et les autres m'ont déjà mis 300 mètres dans la vue.
     Mes tortionnaires la jouent cool et m'attendent à mi-pente.

 

Le PouceJe passe sur le calvaire final et d'ailleurs, forcément, on l'oublie son calvaire une fois atteint le sommet. Parceque c'est simplement beau, là-haut. Le contemplatif reprend son souffle, se goinfre d'oxygène, reprend une respiration normale et, enfin, contemple.
    Ca ne dure jamais les moments comme ça quand on est entouré de mecs qui n'ont rien d'autre à faire qu'à mettre un pied devant l'autre, si possible en courant, si possible dans une pente à 40%, des malades je vous dis: le "Wyville" leur tend les bras, juste une petite crête à suivre (tu parles!!), allez Didier viens (c'est çà!), tu le regretteras si tu ne viens pas (cause toujours !!). Là j'ai été fort...je suis redescendu seul pendant qu'eux allaient se la faire, cette crête, et puis donc le "Wyville" dans la foulée. J'ai été bien inspiré, ils n'ont été de retour à la cabane qu'à 19 heures, ça faisait un bon moment que Baptiste et moi on avait commencé l'apéro.
 
     C'aurait été d'autant plus idiot de les suivre que le "Wyville" je l'ai fait le lendemain, en prenant mon temps car j'ai débuté l'ascension seul et qu'il faisait meilleur ce jour là. Il y a un passage assez long où la pente est franchement raide et même très pénible car le sol, un mélange de sable et de pierre, glisse sous le pied. Mais jusqu'à 50 mètres du sommet j'étais seul et donc à mon rythme ça allait. Tout près du sommet donc, je ne prends pas la bonne option. J'ai l'impression que ce sera plus facile en marchant sur les gros blocs de pierre, mauvaise pioche, les blocs ils ne tiennent pas, ils se "détachent" sous le pied, ça craint. Et puis quand il y en a un qui se détache sous ma main, un truc qui fait plus de 50 kilos, et qui frôle ma jambe, je décide, pas fier, de rebrousser  chemin. J'aperçois Baptiste qui lui, a pris la bonne voie. Je le rejoins enfin au sommet. Que voulez-vous que je vous dise...: c'est grandiose ! Le mont "Ross" tout au fond, l'océan tout autour, la "baie du Morbihan" parsemée d'îles, la péninsule "Courbet" clairsemée de lacs, la pointe "Morne" et loin, loin, Ratmanoff d'où je viens.
    La descente est de celles qui sont aussi fatigantes que les montées. Mais je suis encore récompensé en passant devant des "orgues", blocs de pierres qui portent bien leur nom

 

Les orgues (et Baptiste au piano)car il faudrait vraiment manquer d'imagination pour ne pas voir des orgues dans cet amas rocheux, et à leurs pieds des albatros fuligineux qui nichent et qu'on approche de rien du tout (vous allez voir cet oeil incroyable dans les photos jointes, et pour ceux d'entre-vous qui sont amateurs, je précise également que j'ai pu admirer, dans les jours qui ont suivi, le vol des albatros à sourcils noirs). Un peu plus loin, au bord du torrent (rivière des éléphants), petit pique-nique saucisson-fromage, merci Baptiste pour ce détour que j'ai accepté, au début, à contre-coeur.
    Nous resterons ensuite 2 jours, le géner et moi, plus ou moins enfermés dans la cabane. J'ai eu le temps de faire une balade seul, le matin du 3eme jour, 4 heures de marche tout de même en m'avançant vers le cap Mac Lear. Une heure avant d'atteindre la pointe j'ai fait demi-tour, j'avais en tête le timing des prévisions météos qui annonçaient du très mauvais. Ils sont forts ces météos: les premières gouttes tombaient au moment où je rejoignais la cabane. A partir de là ça a été un peu apocalyptique, j'exagère à peine. Du vent très très fort, de la pluie et puis après de la neige. Les murs de la cabane ne tremblent pas, ils se déforment. J'ai fait de gros progrès à la belote pendant ces 2 jours, mais à deux, la belote, c'est pas top. Les autres ? des malades, combien de fois faut-il vous le dire ! Ils sont partis faire le tour de la presqu'île en prenant bien soin de grimper tous les sommets. Si, si, avec des rafales qui, au cours de leur périple, ont dépassé les 110 km/h et la neige qui allait avec. Ils ont dormi sous tente, oui, essayez, vous, de monter une tente avec des rafales à 100 km/h. Ben eux ils le font, et quand ils rentrent, après 2 jours de ce que nous nous appellerions une énôrme galère, l'un d'entre eux avec le genou ravagé, ils sont contents ! No comment.
 
    Lundi c'est le départ. 3/4 d'heure de marche pour rejoindre le "halage des naufragés" (!!), où se prélassent quelques harems d'éléphants de mer. Le chaland doit nous prendre là à 10h10 mais nous y sommes à 09h40. Le vent est fort et la neige cingle le visage. C'est Baptiste qui le premier s'allonge sur les galets contre son sac à dos. Nico à son tour se couche, et puis moi tout de suite après. Sur les galets froids et humides, à peine protégé des rafales, serré contre mon sac, contre Baptiste, contre son sac, je me suis vraiment demandé si je voulais que ce moment dure longtemps ou bien qu'il cesse vite.
Les éléphants de mer aboient, le vent siffle, j'ai froid. Les nuages défilent, les flocons font des traits dans le ciel.
Sous mes gants le bout de mes doigts fait un peu mal.
     Je suis sur Kerguelen, et plus jamais après. Profite, touriste.
... 
C'est Nico qui le premier a vu le chaland.
 
Bises à tous,
 
 
 
 
 
 

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