(Publié le 16 mars 2017)Cambodge phnom penh

 

     Phnom Penh est une ville chaotique.

Faut aimer.

Moi j'ai beaucoup aimé.
Les investisseurs seraient bien inspirés de placer leur argent dans le coin car, comme le nez au milieu de la figure, c'est une évidence que cette ville va devenir une place to be en Asie. C'est une ville dont le côté moderne est en train d’éclore, je devrais dire d'exploser.


     Remarquez qu'ils ne m'ont pas attendu, les investisseurs, pour placer quelques billes ici.
D'ores et déjà on trouve dans la ville tout un tas de bar branchouilles, de restos à la déco pensée, d'hôtels de luxe, et les tours modernes - encore en travaux - poussent comme les champignons dans certains quartiers.
Ce qu'il faut espérer c'est que les cambodgiens ne vendront pas leur âme au cours de cette mutation. Car, Phnom Penh ne croulant pas sous le poids des sites d'intérêt, ce qui en fait son charme c'est qu'avant tout on s'y sent en Asie du sud-est. Certes on est loin de la campagne cambodgienne mais la chaos dont je parlais en introduction, les marchés, les dizaines de milliers de scooters qui sillonnent les rues, les chauffeurs de tuk-tuks qui sans cesse vous interpellent, les vendeurs ambulants et les pas ambulants, les gargotes où je me régale, les temples kitchissimes, les sourires des enfants du pays des sourires, tout ça est 100% Asie du sud-est. Ce que j'ai aimé ici, c'est une atmosphère.

     À l'heure où je l'ai visitée j'ai trouvé que Phnom Penh avait jusqu'à présent bien réussi ce mix entre concessions faites à l'occident et préservation de la culture locale.
Mais on peut malheureusement s'attendre au pire dans un pays où la corruption semble être un sport national (et pourquoi pas un métro aérien type Bangkok, histoire de bien défigurer la ville ?).
J'ai donc parcouru la ville avec plaisir, mais en serrant les fesses au moment de traverser les avenues principales (la rue, c'est la loi du plus fort ou du plus culotté) et en fermant les yeux sur les plaies de cette partie de l'Asie, notamment la prostitution et, dans un autre genre, l'absence totale d'hygiène ou l'ignorance absolue du concept d'écologie.

     Outre les rues, les marchés ou les rives du fleuve que j'ai pris un plaisir particulier à arpenter, mes errances m'ont notamment conduit au musée national. On peut regretter la très médiocre mise en valeur des statues, certaines très belles et datant du IXeme siecle jusqu'à la fin de l'époque Angkor (XVeme). Enfin j'ai fait l'impasse sur le palais royal, car je n'aime pas l'idée de royauté, et moins encore dans ces pays où le petit peuple vit clairement dans la misère. Dans mon pays, le roi on lui coupe la tête, et malgré mes voyages je ne renie pas mes origines ( comme j aime la semeuse de nos pièces jaunes, ou bien le chêne, quand d'autres pays affichent leur roi)

 

 

     On imagine pas venir au Cambodge et faire l'impasse sur son histoire récente. En tout cas moi je n'imaginais pas ça, peut-être parce que la France a été étroitement impliquée dans ce très triste épisode mais aussi tout simplement parce qu'il s'agit de l'Histoire du monde, qui nous concerne donc de toute façon.

     On ne peut pas rater l'entrée de S21, cette ancienne école transformée en lieu de détention, de torture et d'extermination à grande échelle pendant le règne des khmers rouges. Situé en pleine ville, il est ceinturé des mêmes barbelés qui le clôturaient à l'époque. À l'intérieur, on déambule dans les 4 bâtiments où se trouvent les salles de détention et celles où se pratiquaient les tortures. Je ne vais pas entrer dans le détail, ce serait assez pénible. Les photos des détenus et des bourreaux (bientôt eux mêmes victimes pour un grand nombre) sont nombreuses, les plus émouvantes montrant des enfants très jeunes.
Par "chance", l'un des très rares survivants est artiste. Plus tard, il a donc témoigné à sa façon, en peinture. Les scènes de tortures qu'il décrit sur ses toiles sont tellement insoutenables que je ne les ai pas prises en photo. Certaines soulèvent le cœur. L'audioguide qu'on vous fournit à l'entrée est particulièrement intéressant et fourmille d'anecdotes touchantes ou terrifiantes (il y a notamment l'histoire de ce néo-zélandais qui, au moment "d'avouer" ces contacts imaginaires avec la CIA, donne une fois le nom de ses proches comme un ultime message qu'il leur envoie, et une autre fois celui de Sergent Pepper ou encore celui du fondateur...de KFC, autant donner celui de mickey Mouse). Près de 20.000 personnes auraient été emprisonnées et massacrées en ce lieu, seulement 7 (!!) ont survécu après que les khmers rouges aient fui devant l'avancée des vietnamiens venus libérer le pays.


     C'est le plus pur des hasards qui m'a fait visiter les "champs d'exécutions" ("killing fields"), situés en dehors de la ville, le jour même où la condamnation à perpétuité de 2 très hauts responsables khmers rouges a été confirmée par un tribunal cambodgien, validé par l'ONU.
Au cours des 3 années qu'a duré ce régime génocide, 1/4 de la population du pays a été assassinée (imaginez un gouvernement français qui enverrait à la mort plus de 16 Millions de français).
Au plus fort de l'extermination, 300 personnes étaient exécutées chaque jour. Lorsque le pays a été libéré on a compté 129 charniers dans ce seul lieu, et dénombré 20.000 victimes (il y en a, évidemment et malheureusement, beaucoup d'autres dans le pays). À l'instar du très émouvant ossuaire de Douaumont, les ossements d'une partie des victimes a été regroupé dans un grand stupa. Dans les champs, les traces des charniers sont encore très visibles. Il paraît même que de temps à autre des os refont surface. Un arbre, sur le tronc duquel les nourrissons et les plus jeunes étaient massacrés, porte aujourd'hui des centaines de petits bracelets comme autant d'hommages.


     J'ai voulu terminer ce cycle de visites consacré au génocide par une visite à l'ambassade de France où s'est déroulé un épisode tragique au début du règne des khmers rouges. Les diplomates français avaient été contraints de livrer à ces fous sanguinaires plusieurs centaines de cambodgiens qui avaient trouvé refuge à l'ambassade (le film "la déchirure"  - "killing fields" - retrace bien cet épisode terrible). Mais sur place vous ne verrez rien d'autre que le grand mur blanc d'enceinte du bâtiment, à moins de venir à l'occasion des journées du patrimoine.

 

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Commentaires (4)

Didier
  • 1. Didier | 17/03/2017
Réponse @Coralie:
Mon petit doigt m'a dit que tu papotes de temps en temps avec la reine (des Belges). Ne dis pas non, j'ai la preuve en photo (véridique chers lecteurs).
Donc fais attention qu'on ne te mette pas dans la prochaine fournée des condamnés la prochaine fois que tu franchiras la frontière.

Réponse @Martine:
Pas de risque de génocide sur les causses à priori. Mais vous n'êtes à l'abri d'un moutonicide.

Réponse @Aurelie:
Et figure toi que je devrais être à Auschwitz d'ici 15 jours. Mais c'est une pure coïncidence. Je ne cours pas forcément après ce genre d'expériences mais en même temps ça me semble difficile de passer à côté sans s'y arrêter.
J'avais lu sur ton blog le coup du stand de tir...Il y en a qui ne reculent devant rien pour faire de l'argent...
Aurélie
Je n'oublierai jamais tous ces morceaux d'étoffes qui sortaient du sol, sur les Killing Fields... Une visite incontournable, mais à faire hors package... on avait voulu nous vendre un tour S21 + killing fields +... passage au stand de tir, oui, oui.
Martine du Causse
  • 3. Martine du Causse | 16/03/2017
Dur dur !!!! merci de nous rappeller la fragilité de notre monde,
A bientôt, bonne continuation
Coralie
  • 4. Coralie | 16/03/2017
Tu as quelque chose contre la Royauté?!

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