(Publié le 26 janvier 2016)Laos map

 

 

     426kms séparent Luang Prabang de Phonsali, une grosse bourgade du nord Laos. Mais il faut cependant pas moins de 15 heures de bus (et même un peu de stop sur la fin) pour la rejoindre, sur une route pourtant asphaltée. J'ose pas calculer la vitesse de croisière du bus en question...

 

 


 

 

     On ne peut pas dire de Phongsali qu'elle ait beaucoup de charme. La vieille ville mérite tout de même un coup d’œil car y subsistent encore quelques maisons typiques de négociants chinois, certaines très jolies (enfin bon, disons qu'il faut aimer). Ici l'influence chinoise saute aux yeux. Aux oreilles aussi quand vous entendez certains habitants renifler très fort avant de cracher bruyamment un peu n'import'où, un peu n'importe quand, c'est à dire à la chinoise. Dans cette ville on entend aussi très bien la propagande de l'état: les hauts parleurs hurlent les messages qu'on devine orientés avant que la nuit tombe, mais aussi le matin dès 6 heures. C'est pour ça qu'il faut oublier la grasse matinée dans un lit douillet à Phongsali d'autant que d'après moi, étant donné l'état des hôtels que j'ai vu ici, il n'y a pas de lit douillet dans la ville.

 

     Mais z'alors que viens tu faire dans ce trou perdu Didier me direz-vous ?
Eh ben je ne le savais pas encore mais j'allais passer ici un de mes plus chouettes anniversaires, ou plutôt journiversaire, bref je vous explique si vous avez 5 minutes :


Simon, un autrichien, Bertrand un français, et moi-même avons Sur le chemin, premières rencontresloué les services d'un guide local pour un trek de 2 jours par l'intermédiaire d'une agence locale.
Notre guide s'appelle Nom. Véridique. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à la scène hilarante du dîner de cons et j'imaginais:
- Et il a un nom ?
- Oui, c'est Nom.
Nom, c'est juste son nom tu comprends, non ?


     Après 1h20 de bus, une petite halte de 3/4 d'heure puis 20' de bateau, nous débarquons au milieu de nulle part. Il y a là un chemin large qui monte, plutôt une piste, et c'est là que commence le trek qui doit nous mener vers des villages perdus, habités par les Akhas.
L'heure et demie qui a suivi s'est transformée en calvaire pour moi: ça grimpait fort, en plein cagnard, en plein midi, sans ombre et, cerise sur le gâteau, je me suis fait là une petite hypoglycémie. Une pomme et une grenade (le fruit !) sorties du sac de Nom m'ont heureusement requinqué juste avant la traversée d'un premier village.

 

 

    Les gens qui vivent ici sont désormais isolés, c'est ça le progrès. La construction récente d'un barrage en contrebas a noyé le seul accès qui permettait de rejoindre la ville, à 40km de là. Le gouvernement ne s'est pas donné la peine de tracer une piste alternative. Il y a donc dans ce village 2 camions coincés qui ne servent plus à rien et les habitants n'ont plus que le bateau pour rejoindre la ville. Les enfants sont curieux de nous voir passer et s'amusent à regarder les photos que l'on prend d'eux. Le 2ème village traversé est plus ou moins à l'identique du premier. C'est dans le 3ème que nous ferons étape pour la nuit.

 

 

 

 

La tribu où nous passons la nuit     Ce village là est perché sur une crête. L'endroit est entouré de montagnes boisées mais le petit bourg lui même est bien dégagé et offre une magnifique vue sur le relief environnant.

 

 

 

 

 

Les animaux - veaux vaches cochons couvées et chevaux - font leurs vies librement et tondent sans cesse le gazon.

 

 

 

 

 

     Une centaine de personnes vivent ici dans des maisons de bois. Intérieur d'une caseLes intérieurs sont plutôt grands mais doivent parfois accueillir plusieurs familles. Le sol est de terre battue. Il y a une grande pièce qui correspondrait à notre salle à manger. Une cuisine où le feu - à même le sol - crépite toute la journée. Et puis aussi 3 chambres, justes séparées des autres pièces par un tissu. Notre hôte vit dans sa maison avec sa femme, ses 2 enfants. Il y a aussi une dame dont on nous dit qu'elle a perdu la raison et un mec allongé. Celui-là, en 24 heures de présence, je ne l'aurais vu se lever qu'une seule fois, pour aller pisser. Le reste du temps il fume de l'opium, allongé, ou bien il dort.

 


La visite de rares touristes c'est l'assurance pour le village et la famille d'accueil d'un petit revenu.

 

 

     Pour le reste, la production locale semble suffire à la population. Certains champs alentour sont cultivés, notamment de riz qui pousse ici plus haut que du blé, et étonnamment sur un terrain très pentu. Les repas constitués de viande sont réservés pour les jours de fête et ça n'était pas fête pendant mon séjour. Le village tire quelques autres revenus de la vente des bêtes mais aussi probablement de l'opium (plutôt destiné à l'exportation vers une clientèle chinoise). En tribuDes instituteurs se déplacent jusqu'ici pour faire chaque matin l'école. Les adultes ne semblent pas avoir eu cette chance, ils parlent leur dialecte mais pas le Lao, langue officielle du pays. Du coup, même si les enfants sont curieux de notre présence et les adultes amusés, sans langue commune les échanges sont malheureusement limités, mais on échange quand même, par gestes et avec le sourire aux lèvres. Nom connaît la langue locale et nous permet tout de même d'en savoir un peu plus sur les us et coutumes: par exemple que le chef de la tribu est élu pour 3 ans et que les femmes n'ont pas droit à cet honneur

(juste l'idée qu'une femme puisse devenir chef fait beaucoup rire Nom).
     La plupart des femmes portent le costume traditionnel Akha. Elles travaillent aux champs comme les hommes mais la corvée pour aller chercher l'eau semble leur être réservée. Avant la nuit on passe à la "salle de bain". Il faut marcher 300 mètres pour arriver à un tout petit bassin alimenté par une source. Une bassine remplie d'eau fait l'affaire pour prendre sa douche. Pour les toilettes il suffit de choisir un bosquet suffisamment éloigné des habitations. Les animaux se chargeront du nettoyage. Le soir venu on allume la seule ampoule de la maison, alimentée par un petit panneau solaire.
     Lorsqu'on passe à table les femmes sont priées - elles et leurs enfants - d'attendre que les hommes aient fini leur repas pour prendre le leur. Riz et légumes. Thé traditionnel (tout au plus de l'eau parfumée) Et lao-lao (alcool de riz), lao-lao, et re-lao-lao, heu merci mais là ça va aller. Mes 2 compagnons se laissent tenter par l'expérience opium. La préparation est comme un rituel, assez long. Après quelques bouffées ça plane gentiment pour eux, mais rien de plus.


     Avant de filer au lit je fais un tour dehors. La nuit est constellée d'étoiles et les animaux se sont tus.
 

 


     Le 22 octobre 2016 je me réveille au petit matin. Les enfants sont déjà levés, les femmes aussi. Les hommes dorment j'imagine. Il fait doux, le paysage est magnifique et paisible à la fois. Le soleil commence à éclairer doucement les maisons du village. Avant le départ j'offre quelques stylos et crayons à des parents, Bertrand offre des brosses à dents. En retour ils nous proposent de petit déjeuner avec eux.
Aujourd'hui c'est mon journiversaire : Je vis mon 20.000ème jour sur la terre et je me dis que ça aurait pu être pire.

 

 

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