(Publié le 9 janvier 2017)

 

     On a tous vu de ces reportages traitant des frappadingues qui «chassent» les orages ou bien les France acorescyclones et même les tornades en espérant prendre le meilleur cliché, parfois au risque de leur vie. Je suis juste l'inverse de ça. A fond dans la logique hédoniste d'un pro du hamac, j'ai mis le cap sur les Açores, là où loge le plus célèbre des anticyclones synonyme, à priori, de calme et de beau temps.

 


(Cliquez sur l'image pour afficher la carte de l'archipel en grand)

 

     Les Açores ce sont 9 îles d'origine volcanique qui émergent loin au large du Portugal dont elles dépendent. Elles sont toutes de dimensions suffisamment modestes pour que l'on se sente constamment entouré d'eau et clairement en plein océan.

 

     La plus grande de ces îles, c'est Sao Miguel. 62 km de long, une quinzaine de large, un grand volcan à l'extrémité Est, un autre à l'extrémité Ouest, encore un autre qui se défend au centre, et tout un tas d'autres plus modestes qui font de jolis cônes verdoyants. C'est là que je me suis posé pour commencer mes découvertes.Acores      Un véhicule est bien utile pour parcourir les îles car les transports en commun c'est pas le fort de la politique açorienne. Cette fois-ci j'ai loué une voiture pour sillonner les routes sillonneuses et pour m'éloigner de Ponta Delgada, la capitale sans grands atouts. Le ruban d'asphalte tourne et vire et vous amène, juste avant de vomir, au bord d'un cratère magnifique. Le volcan abrite le joli lagoa de fogo (j'imagine « lac de feu ») et si vous êtes en jambes je vous conseille la descente un peu raide. Là, la baignade est fantastique et il faut bien en profiter car la remontée semble plus abrupte encore que la descente alors qu'elle se fait par le même chemin tortueux.

Tout proche et d'accès moins sportif, la caldeira velha (que j'aurais tendance à traduire par « vieille source » si je parlais portugais mais je ne le parle pas) vous propose des bains moyens chauds, bien chauds, ou carrément mortels dans un cadre junglistique des plus bucoliques. C'est un truc à faire tôt le matin, tard le soir, ou bien sous la pluie pour être sûr d'éviter les bus de touristes (2€/pers).

De son côté, le volcan de l'ouest ne fait pas dans la demi-mesure: ce n'est pas un, ni deux ni même trois, mais 4 lacs qui y ont pris place. Question décor on a déjà vu pire. Il y a là une jolie balade à faire depuis un miradouro (mirador pardi) élevé jusqu'au village du fond, Sete Cidades. Pour le retour je conseille le stop qui marche vraiment bien.

 

     La côte est vraiment très belle, à la fois verdoyante et rocheuse. Tiens, c'est pas difficile : si il n'y avait pas les volcans, si il y avait des moutons à la place des vaches, si les gens parlaient anglais plutôt que portugais, si ils roulaient à gauche, si il pleuvait plus souvent, si les routes n'étaient pas systématiquement bordées d'hortensias, et si il y avait un minimum de pubs dans le coin, on se croirait en Irlande, c'est dire si on en est proche. Les plages sont rares et il faudrait être un peu tordu pour venir aux Açores juste pour la baignade. Cependant la plage de Santa Barbara, toute proche de Ribeira Grande, la seconde ville importante de l'île, est vraiment très belle, de sable noir évidemment, mais très mouvementée (on vient plus aux Açores pour pratiquer le surf que pour faire trempette).

 

     Sao Miguel est certes une destination touristique formidable mais ce serait dommage d'avoir fait tout ce chemin pour ne voir qu'elle. Les Açores sont réparties en 3 groupes, voyez la carte. Depuis le groupe oriental dont fait partie Sao Miguel, il ne faut que quelques dizaines de minutes d'avion pour rejoindre le groupe central qui compte 5 îles. Plus précisément, Faial où j'ai posé les pieds pour ma deuxième étape, est à 150km de Sao Miguel.

Acores Faial

     Il y a au moins 3 bonnes raisons de découvrir l'île de Faial.

Tout d'abord à Horta -capitale qui compte 6000 habitants- vous allez enfin trouver des terrasses dignes de ce nom. J'ai du mal à croire que la présence de nombreux voileux est étrangère à ça. Horta est en effet un passage obligé, ou en tout cas traditionnel, à tous les marins qui se lancent dans la traversée de l'atlantique. Et tout marin qui s'arrête à Horta file direct au Peter's bar, paraît-il mondialement connu. L'entrée étant autorisée aux pas marins et aux pas vraiment aventuriers j'y suis entré, je me suis assis sur la terrasse, et j'ai commandé un verre de Frei gigante, ce qui m’amène à parler de la deuxième bonne raison d'aller à Faial, j'y viens dans 20".

     Quand vous débarquez à Faial, en tout cas par temps correct, ce qui va d'abord vous impressionner c'est la masse imposante du Pico, point culminant de la toute proche île de...Pico. Comme posé dans la mer, avec ses 2351m d'altitude, ce volcan est magnifique. Il ne fait pas les choses à moitié puisqu'il se permet même d'être le point culminant de tout le Portugal. Ce sommet est particulièrement visible depuis Faial, distante de seulement 4 petits kilomètres. Si je vous parle de Pico où je n'ai pas mis les pieds c'est parce que c'est l'endroit qui produit les meilleurs vins des Açores. Parmi eux (je retombe enfin sur mes pattes), le Frei gigante est un blanc bien sec, servi bien frais, qui accompagne parfaitement les fruits de mer et qui va bien aussi pour l'apéro. Tant que nous parlons des plaisirs de la table il faut que je vous dise que les portugais sont champions du monde pour la préparation du poulpe qui vous fond vraiment dans la bouche. On l'apprécie d'autant qu'au delà, les restaurants proposent tous plus ou moins la même carte (poulpe donc, morue forcément, mas aussi viande de bœuf ou de porc ou de veau, quant aux légumes ils sont un peu les parents pauvres de la cuisine proposée).

     La 3eme bonne raison d'aller à Faial c'est de se promener sur la pointe ouest de l'île, la ponta dos Capelinhos. Ce volcan-là ne se distingue pas par sa hauteur, très modeste. Mais en se baladant ici vous avez une occasion unique de grimper sur le sommet d'un volcan qui n'a que... 60 ans (!), si si. Dans le musée tout proche il y a une vidéo intéressante qui vous montre comment il a surgi de l'océan en 1957 et s'est rattaché naturellement à l'île. Les volcans ne sont pas tous des vieillards.

     Mais Faial ne se résume pas qu'à ces 3 centres d'intérêt majeurs. Je peux difficilement vous parler du volcan central qui se complaît dans le brouillard des nuages (à ce propos j'aurais deux mots à dire à l'anticyclone des Açores qui fait mieux son boulot en France que chez lui). Les falaises de la côte sont magnifiques et quelques criques de roches noires abritent des « piscines naturelles » - souvent aménagées sobrement et abritées des vagues – qui invitent à la baignade dans des eaux douces et translucides. On y bronze pas vraiment (la roche volcanique picote dans le dos) mais bon sang qu'est ce que l'eau est bonne.

 

     Depuis Faial, moins de 2 heures de bateau vous mèneront à Sao Jorge, une île qui, posée sur une carte, ressemble comme 2 gouttes d'eau à la Nouvelle Calédonie. C'est elle aussi un long ruban orienté nord-ouest/sud-est qui, à vue de nez, doit faire 60km de long.

Acores Sao Jorge

     La capitale c'est Velas, une petite ville dotée d'un tout petit centre pas désagréable (puisqu'on y trouve une terrasse sympa devant l'église). Les touristes viennent souvent ici pour marcher en guise de quoi j'ai commencé par louer un scooter. Parcourir l'île c'est forcément découvrir les fajãs. Les fajãs sont des petits plateaux de bords de mer, très fertiles, et entourés de hautes falaises. Parfois des hameaux s'y sont installés. On y cultive principalement du maïs, mais j'ai aussi remarqué foison de figuiers, damned c'était pas la saison zut et rezut. Vous êtes en droit de me demander pourquoi la nature (volcanique) a créé des fajãs à Sao Jorge et pas ailleurs aux Açores. Cependant je ne suis pas obligé de vous répondre, surtout si je ne connais pas la réponse.

     Sao Jorge est parcourue de tout son long par une épine dorsale volcanique qui monte à plus de 1000 mètres d'altitude alors que l'île elle-même ne fait pas plus de 15km de large. Tous ces chiffres pour vous donner une idée des dénivelés qui attendent l'écervelé qui se lancerait dans une rando sans consulter les courbes de niveaux. Bref, je les ai consultés, j'ai fait le plein de ma pétrolette et c'est en scooter que j'ai suivi cette magnifique crête, sur des pistes tout à fait roulables. C'est peut être sur cette île que se concentrent les plus beaux paysages de vieux volcans éteints qui ne sont pas sans rappeler les puys d'Auvergne. Associés à la mer, au bleu profond de la mer, aux pâturages verts où broutent les nombreux troupeaux de vaches (normandes, si si), ils font un tableau unique. Et au loin le cône parfait du mont Pico perfore quelques nuages, c'est beau.

 

     J'ai terminé mon escapade açorienne par la visite de Terceira, une autre île du groupe central. J'ai peu de choses à dire de l'île elle-même. D'une part ma virée en scooter s'est faite sous un temps souvent couvert, pluvieux parfois, d'autre part la côte m'a semblé moins intéressante que celles que j'avais pu découvrir auparavant. Dans l'intérieur il faut faire un tour dans la « serra do cume » où les traditionnelles haies d'hortensias ont été remplacées par des murets de pierre. Même quand le ciel est bas, les pâturages rectangulaires y dessinent un paysage vallonné et agréable. Je n'ai pas pu m'approcher du volcan principal, constamment sous les nuages et la pluie.

Acores Terceira

     L'intérêt de Terceira c'est sa capitale sobrement dénommée « Angra de heroismo » en la mémoire des anciens qui ont lutté à maintes reprises contre différents envahisseurs. Si Angra est classée au patrimoine mondial c'est avant tout grâce à son architecture typique et bien préservée malgré les tremblements de terre qui ne l'ont pas épargnée. Des façades blanches et aveuglantes sous le soleil, de jolis balcons fleuris, quelques places agréables, et de belles bâtisses ont convaincu les inspecteurs de l'Unesco. Moi aussi. J'ai passé là 4 jours à glandouiller, à vérifier la fraîcheur du Frei Gigante, à tester le moelleux du poulpe de plusieurs restaurants, à écouter les drisses de quelques bateaux faire cli-cli-clic, et à vous écrire.

 

     Si vous envisagez un voyage aux Açores le tout premier problème que vous allez vous poser est le choix des îles à visiter. Je ne vais évidemment pas vous parler de Corvo et Florés, les îles du groupe oriental que je n'ai pas approché, ni de Graciosa, Pico ou Santa Maria où je n'ai pas débarqué.

     Sao Miguel me semble être un bon condensé de tout ce que proposent ces îles et me parait incontournable (mais éloignée des autres). Le groupe central propose des îles qui ont chacune leur identité. Passer d'une île à l'autre n'est donc pas inutile. Je vous conseille Faial pour la balade au volcan récent, le tour de l'île et les arrêts dans les piscines naturelles, le quartier de de porto Pim à Horta; je vous conseille Sao Jorge si vous êtes randonneur et pour les paysages; je vous conseille Terceira pour déambuler dans une petite ville sympa. J'avoue que je regrette un peu la non-visite de Pico qui semble largement mériter le détour. En tout cas nulle part vous ne serez bousculés par le tourisme de masse (si vous êtes investisseur, ça me paraît être un excellent plan d'avenir), et partout séduits par les prix doux et, surtout, par la gentillesse et la bienveillance des açoriens.

 

Au final, pour trancher de manière 100% subjective :

1- Ex aequo: Sao Miguel et Sao Jorge

2- Faial

3- Terceira

Mais franchement, faîtes comme vous le sentez

 

Commentaires (5)

Didier
  • 1. Didier | 11/01/2017
Réponse @ Marie-Claude:
Je ne savais pas pour les hortensias en Irlande. Heureusement mes lecteurs/trices voyagent !

Réponse @Coralie:
Et là c'est une grande spécialiste de l'Irlande qui nous répond ! Si tu veux les faire tous (les pays que tu envisages) y'a pas le choix: faut arrêter de bosser !

Réponse @ Roger:
Vacanciste ! Excellent !!! Je poserai bien ma candidature au guide vert MIchelin....

Réponse @Pena:
Ben merci Pena. Et bonne année 2017 !!!!
Pena
Bom Dia, Didier

Cela fait plaisir de te retrouver après la prenthèse que tu t'es octroyée.
Je constate que , suite à cette nouvelle escapade que tu t'es offerte aux Açores
que tes textes ainsi que tes clichés photographiques sont toujours de très bonne facture.

Sois-en remercié. Et Bonne Année à toi.
"Pena"
Roger
  • 3. Roger | 09/01/2017
Si j'étais "vacanciste" (tu sais, ces officines qui proposent des séjours de vacances à ceux qui sont trop occupés pour s'en charger eux-mêmes...), je t'embaucherai : tu donnes toujours envie d'aller voir les lieux où tu passes ! Aurais-tu un don spécial ? En tous cas, bravo pour les Açores, comme pour toutes les merveilles que tu sais si bien nous faire (re)découvrir. Continue, on adore !
Coralie
  • 4. Coralie | 09/01/2017
Effectivement, un goût d'Irlande à s'y méprendre presque!
Pourquoi pas... à ajouter à la (longue) liste des pays à voir.
Marie-Claude
  • 5. Marie-Claude | 09/01/2017
Mais les routes irlandaises sont bordées d'hortensias! Celles de l'anneau de Kerry en tous cas... :)

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