(publié le 10 Mars 2016)Pérou amazonie

 

     Je dois admettre que j'étais surexcité dans le vol qui m'a conduit de Lima à Iquitos, un peu comme le gamin qui se réveille le matin et réalise qu'aujourd'hui c'est le 25 décembre. Pour moi aussi c'était Noël, car pour la première fois je survolais l'Amazonie, une immensité sauvage dont il est difficile de prendre la mesure: 10 fois la surface de la France, des arbres en-veux-tu-en-voilà, des bestioles on ne peut plus exotiques mais avec qui on n'a pas forcément envie de faire copain, des rivières boueuses aux méandres gigantesques, et Sa Majesté l'Amazone. J'allais naviguer sur le plus long fleuve du monde (6437 km), le plus puissant (son débit équivaut aux débits cumulés des 6 fleuves qui le suivent), et j'allais découvrir la plus grande étendue verte au monde, ici on se contente de dire modestement – mais respectueusement – "la selva", la forêt.

Trajet en noir=fait en Décembre 2015

Trajet en rouge= fait en Février-Mars 2016

 

 

Amazone

     C'est une pluie chaude qui m'a accueilli à Iquitos ville du nord-est péruvien qui, pour ne pas rester sur la touche, détient elle aussi son petit record mondial: voici la plus grande ville au monde qui ne soit pas accessible par la route, preuve s'il en est du caractère hostile de la selva qui ne se laisse pas dompter sans moyens humains et techniques colossaux.

Iquitos détient probablement un autre record en Amérique du sud et peut-être Iquitosdans le monde: c'est la ville la plus pétaradante qui soit. Les tricycles à moteur ont chassé les taxis et autres minibus et ils sillonnent sans cesse les rues à la recherche du client. On ne peut pas nier que cela crée une ambiance unique même si on apprécierait sans problème un peu de silence. Bah, ils klaxonnent très peu et c'est toujours ça de gagné sur les autres villes péruviennes.
En mettant le cap sur l'Amazonie on se doute qu'on met les pieds dans un autre monde. Il faut bien admettre qu'Iquitos (Kikikoi?) n'a rien de commun avec ce que j'ai vu précédemment du Pérou. Ici, j'ai aimé la proximité de la rivière, déjà énorme, mais qui n'est pourtant qu'un affluent de l'Amazone tout proche. Le malecon n'est pas désagréable et quelques maisons coloniales sont bien préservées. Un de nos illustres concitoyens a laissé une trace dans le centre-ville, mais en l'occurrence la maison "Eiffel" est plutôt moche, preuve que Gustave savait aussi se tromper (coup de bol il a installé sa tour sur le champs de Mars à Paris plutôt que cette bicoque à armature de fer). Au final soyons clair, sans la forêt qui la cerne de toutes parts, un stop à Iquitos n'aurait pas grand intérêt.

Bord de rivière, Iquitos

 

 

     Se balader sur les fleuves puis dans la jungle amazonienne n'est pas possible seul, sauf à être l'aventurier dézingué et suicidaire que je ne suis pas encore. Je me suis donc lancé dans une autre aventure: trouver, parmi la flopée qui existe à Iquitos, l'agence qui me ferait vivre au mieux l’expérience de la plus grande forêt au monde. Mon budget étant celui d'un vrai aventurier j'ai opté pour la proposition la moins chère mais qui semblait offrir toutefois une prestation honnête, dans un confort rudimentaire. J'ai fait confiance à "Ecological jungle trips", qui a bien voulu accepter mes 600 soles (160€) contre la promesse de 4 jours et 3 nuits de grand(s) frisson(s).Amazonie 60
C'est en tout petit groupe (4 jeunes nord-américains qui parlent un anglais que j'ai vite renoncer à comprendre et …1 français moins jeune, bibi) et en 2 heures de voiture sur l'unique route de la région que nous arrivons à Nauta petite ville portuaire en bord de fleuve. Pour l'anecdote, c'est ici que j'aurais mangé pour la première fois du caïman. Ricardo - notre guide - m'a demandé d'en dire tout le bien qu'il voulait que j'en pense, donc je me suis forcé à lui dire ce qu'il voulait entendre. Mais pour de vrai ça n'a vraiment rien d'exceptionnel et j'ai pensé avec nostalgie au dernier steak saignant que j'ai eu dans mon assiette, c'était le 19 janvier.

     De là, 2 heures de pirogue motorisée nous amènent dans le cœur du sujet je veux dire le cœur de la forêt.

Amazone, les affluents

     De rivières en affluents, on débouche sur l'Amazone, large comme l'estuaire de la Gironde alors que l'océan est encore à quelques milliers de kilomètres. L'Amazone c'est comme dans les livres et dans les films avec la chaleur moite en plus. Le truc étonnant c'est que le courant y est fort à certains endroits, notamment au niveau des confluents, alors que le paysage est d'une platitude extrême. Quelques dauphins courbent le dos en surface devant la barque. Les oiseaux s'envolent à notre passage et la forêt devient de plus en plus dense, on s'y croirait.

 

Amazone
     On arrive à un tout petit groupe de cases, "le lodge des dauphins". Cet endroit est la preuve que le mot "lodge" n'est pas synonyme "d'hôtel de luxe". Dire que le confort est sommaire est un sacré euphémisme. Mais au fond je m'en fiche. Je suis venu ici pour une immersion dans la forêt et on est en plein dedans.Le lodge A telle preuve qu'un boa n'a pas trouvé mieux que de nicher aujourd'hui au dessus des chambres dont les murs, plafonds et sols sont comme du gruyère. Ricardo veut me faire croire que cette sale bête n'est pas dangereuse d'autant qu'elle est toute jeune. Alors Ricardo mon pote t'es bien gentil mais d'abord 1m80 de zigzags musculeux suffisent largement à m'inquiéter pis ensuite je choisis tout seul ce qui m'effraie, je n'ai pas besoin d'un guide pour ça. Et ce n'est pas la tarentule qui se balade sur le plancher qui diminuera mon stress.

Devant le lodge le bras de rivière est très calme mais le bruit de la forêt est impressionnant. Le bruit ce sont les cigales (ben oui !), c'est tout un tas d'oiseaux qui chantent chacun leur petite mélodie et ce sont aussi les femmes de la famille d'accueil qui papotent et rigolent en lavant le linge dans l'eau noire du cours d'eau, noire mais propre semble-t-il.

 

Singes et paresseux

 

 

Amazonie

Ce qui va sans dire...

...va mieux en le disant !

 

     Amis écologistes, tous les animaux photographiés l'ont été dans leur milieu naturel. Ceux qui ont été manipulés ont été rapidement relâchés à l'endroit précis où ils avaient été prélevés. Ainsi le boa trouvé dans la charpente des chambres y a été re-déposé. Inutile de préciser que depuis ce moment je hais les écologistes.

 

     Je suis désolé pour le flou de certaines photos mais les animaux sont rapides à s'enfuir à l'approche des humains ou bien restent à grande distance (singes, oiseaux...). De plus certaines photos ont été prises de nuit (tarentule, caïman...).

 

     Ricardo décide à son unanimité que nous passerons notre première nuit en campingAmazonie (ce qui ne me rassure pas plus que passer la nuit avec un boa au dessus du lit et une tarentule au dessous). On reprend donc le bateau. Ici la forêt c'est de l'eau partout de droite à gauche, devant et derrière, et puis du vert partout de haut en bas, des fougères à la canopée. De l'eau du vert et une barque, on se croirait dans le marais poitevin me diront les jaloux. Y'a tout de même quelques nuances.

Notre guide choisit l'aire de campement qui ira bien. Il y a à peu près 800.000 moustiques qui ont choisi la même, et qui de toute évidence ignorent complètement à quoi sert un insecticide. Statistiquement certains doivent être porteurs du palu, du zika, ou de la fièvre jaune. Certains doivent même pousser le vice jusqu'à être porteurs des 3. Bienvenue dans l'enfer vert. Si vous me laissez seul ici je ne survis pas 48 heures. On la joue un peu Koh-Lanta quand Ricardo nous indique qu'il est grandCampement temps de construire notre couchage: un hamac, un drap, une bâche, 5-6 bouts de bois, autant de bouts de lianes qui serviront de liens. C'est pas de la grande architecture mais il faudra trouver le sommeil là-dedans. A ma grande surprise, la nuit ne sera finalement pas si pénible après avoir exterminé les 20 moustiques qui ont réussi à pénétrer sous ma moustiquaire. Et m'endormir dans le vacarme de la forêt amazonienne restera probablement comme une étape inoubliable de mon voyage.

 

     Au cours des 4 jours de cette immersion, nous avons multiplié les sorties aussi bien à pieds qu'en bateau, de jour comme de nuit. Notre guide m'a semblé très compétent et nous a permis d'observer un grand nombre d'animaux : des petits singes et des grands singes, des araignées velues, des serpents, des chauves-souris, des oiseaux de toutes sortes, les yeux rouges des caïmans dans la pénombre, des paresseux, un iguane-dragon, des dauphins, des grenouilles. J'ai survécu en pêchant là mes premiers piranhas (après dégustation mon opinion est faite : le piranha est un poisson méchant... mais pas mauvais), et comme un vrai héros je me suis baigné dans les eaux d'Amazonie.

     Étonnamment, le paysage change beaucoup en fonction de l'endroit: Amazonieil y a des rivières plus ou moins larges, des eaux brunes, café ou noires, des lacs recouverts de végétation ou pas, des zones très ouvertes ou de la forêt très dense. Il change aussi en fonction des saisons: de la période sèche à la saison humide le niveau de l'eau des rivières peut varier de 7 à 8 mètres. La forêt est donc plus ou moins noyée et en conséquence plus ou moins infestée de moustiques. Il y a les pans de forêt où vivent plus d'oiseaux, et ceux que privilégient les singes, il y a les rivières à piranhas et celles où le seul risque est de rencontrer un anaconda...

 

 

 

Amazonie

 

 

     Et, comme un défi, des hommes vivent là. Ils ne se regroupent iciAmazonie qu'en très petites communautés. Dans la jungle les cases - montées sur pilotis pour se préserver de la montée saisonnière des eaux - sont le plus souvent très isolées, en groupe de 2 ou 3 pour n'abriter qu'une seule famille, avec la rivière comme seule échappatoire. Les villages les plus importants ne comptent que 100 à 150 habitants.

 

 

 

 

 

 

 

 

     Une fois encore, je m'étonne de la faculté d'adaptation de l'être humain dans un milieu profondément hostile (et je me questionne toujours autant sur ses motivations). L'Amazonie est un endroit sauvage à l'extrême, peu touché par la modernité; un ce ces endroits du globe dont on imagine facilement qu'ils étaient très semblables il y a quelques milliers d'années.


 

Coup de bol

     Par un excellent concours de circonstances je me suis retrouvé seul dans un des villages installés en bord de fleuve, Libertad. C'était le jour de la fête annuelle et un moment très gai.

 

Amazonie, la fête à Libertad

 

Amazonie, la fête à LibertadAmazonie, la fête à Libertad

 

 

     La tradition veut que des couples dansent en rond, dans la boue et au son des tambours, autour d'un mât de cocagne sur lequel ont été accrochés des présents (vêtements, jouets, petits ustensiles de cuisine). De temps en temps un danseur donne un coup de hache dans le mât. Au bout d'un certain temps (avant qu'on se lasse), le mât fatigue et fini par tomber au sol. C'est alors tout le village - en tout cas les volontaires qui ne craignent pas la boue - qui se rue sur les présents. C'est une foire d'empoigne trop drôle, la plupart voulant ramener quelque chose de sa bataille, pendant que quelques autres ne pensent qu'à recouvrir de boue les participants.

 

Amazonie, la fête à LibertadAmazonie, la fête à Libertad

Amazonie, la fête à LibertadAmazonie, la fête à Libertad

Amazonie, la fête à LibertadAmazonie, la fête à Libertad

Amazonie, la fête à Libertad

Amazonie, la fête à Libertad

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Amazonie

 

 

     C'est par voie fluviale, navigant sur l'Amazone, que j'ai quitté le Pérou pour rejoindre Leticia, porte d'entrée de la Colombie. Dix heures de bateau laissent le temps de réfléchir et j'ai repensé à mon parcours dans ce pays.

 

Amazonie

 

     Le Pérou est un éventail incroyable de paysages, de cultures, de coutumes, de langues, d'ethnies, de faune et de flore, de climats. Du lac Titicaca à Arequipa, de l'Altiplano à l'Amazonie, des maisons coloniales à celles construites sur pilotis, de la mer aux sommets andins, des grandes cités Chimu au fabuleux Machu Pichu, les contrastes sont énormes. Le Pérou change constamment de visage, il est multiple, et c'est probablement ce qui le rend si attachant. J'y aurais finalement passé près de 2 mois, c'est bien le minimum pour en approcher quelques aspects.

 

Amazonie, passage de frontière

 

 

Commentaires (14)

Didier
  • 1. Didier | 28/03/2016
Réponse @Lucie:
Hmmmm c'est pourtant tellement bon de se baigner dans ses eaux quand il fait si chaud...
Suis pas complètement fou: il y a des rivières sans piranhas

Réponse @Hervé:
Ben y'a pas de honte à avoir peur des grosses araignées.
Enfin si quand même un peu
hervé
  • 2. hervé | 28/03/2016
c'est toujours tres beaux, tres bien, on envit tes aventures..... et ben là non.franchement 'lamasonie ne me donne pas envie.voila c'etait ma note negative pour ajouter a la variete des commentaires.
Lucie
  • 3. Lucie | 26/03/2016
J'en connais un qui n'aurait pas dormi
En tout cas moi ça m'donne envie, j'adore cet article !! Bon par contre la baignade dans l'eau brune qui cache des choses insoupçonnables...sans moi
Didier
  • 4. Didier | 15/03/2016
Réponse @Valérie:
Ben il n'y a pas de raison de renoncer. Si c'est le confort qui vous inquiète, il existe tout un éventail de lodges qui vont du plus basique au plus luxueux. Il y en a qui sont perchés dans les arbres et ce doit être une expérience sympa.
D'ailleurs si je devais y retourner je choisirais clairement un lodge pour glandouiller dans un relatif confort, et me balancer dans un hamac en écoutant la jungle
Valérie
  • 5. Valérie | 14/03/2016
et dire que je voulais emmener un jour Thierry vivre cette expérience dans la jungle amazonienne !! Je crois qu'il va définitivement renoncer !!! Mais excitant comme aventure !!
Didier
  • 6. Didier | 12/03/2016
Réponse @Filou:
Salut cousin !
C'est peu dire que les conditions sont difficiles. Je ne plaisante pas lorsque je dis qu'on ne survivrait pas longtemps dans cette jungle.
Comme tu dis c'est à la fois très beau et effrayant.
Filou
  • 7. Filou | 11/03/2016
un autre monde ! grandiose, géant et effrayant !
Conditions de vie difficiles
Merci pour ce partage
Didier
  • 8. Didier | 11/03/2016
Réponse @Coralie:
Dans les forums de voyage il y a souvent des gens qui disent partir au long cours "pour se trouver" ou "se retrouver".
Ça m'a toujours semblé très naïf (pour ne pas dire neuneu).
Je ne pense pas que ce voyage m'apprenne grand chose sur moi- même.

Par contre oui, ça questionne énormément sur l'être humain, sur ses choix (probablement plus ou moins contraints). C'est une chose d'être vaguement au courant que ces modes de vie existent, et c'en est une autre que de les avoir sous les yeux.
Didier
  • 9. Didier | 11/03/2016
Réponse @Aurélie:
Pour être franc 1 nuit en "tente" m'a également largement suffit. Les 2 canadiens + 2 USA qui m'accompagnaient ont quant à eux choisi de passer une seconde nuit avec leurs copains moustiques (c'est assez incroyable: quand on marche dans la jungle il y a un nuage noir de moustiques qui nous suit !).
Et en fait c'est ainsi que je me suis retrouvé seul à la fête du village.
Donc un très bon choix d'autant qu'au final j'ai vu plus d'animaux que ceux qui avaient choisi de rester en forêt !

Réponse @Michèle et M/Mme Prieur:
Merciiiii ! En ce moment je me remets doucement de cette aventure dans un petit pueblo (village) colombien. Terrasse à l'ombre et piscine à proximité, l'aventurier apprécie aussi beaucoup ces moments-là !

Réponse @Michel et Christine:
C'est top ! Non seulement je m'éclate, mais en plus je passe pour un héros aux yeux des amis !! (ah ah).
Ceci étant, comme je le dis précédemment, le héros est actuellement affalé lamentablement dans un hamac. Et je sens que je vais sombrer... Ne l'ébruitez pas trop !
Coralie
  • 10. Coralie | 11/03/2016
Oui, vraiment, ça questionne cette vie si loin de tout dans des conditions peu commodes...
J'aime voir ces visages du bout du monde... ces gens qui ont développé leurs rituels, leurs habitudes... qui se sont adaptés.
Merci de nous faire partager ces tranches de vie.
Michel et Christine
  • 11. Michel et Christine | 11/03/2016
Bon donc si je comprends bien le héros polaire s'est transformé au fil de son voyage en jungle hero. la prochaine lettre on veut te voir avec le chapeau de crocodile dundee et te rasant avec le coutelas qui t'auras servi à tuer le dit crocodile. bon si c'est un alligator ou un caïman, on accepte.
bonne suite
Prieur (voisin de Coralie)
  • 12. Prieur (voisin de Coralie) | 11/03/2016
Eh bien il faut le faire mais quelle expérience!
Merci de nous en avoir fait profiter un peu et en toute sécurité, encore que, ici, ce ne sont pas les animaux qui sont les plus dangereux.
A bientôt le plaisir de vous lire à nouveau.
Michèle
On s'y croirait !! billet très intéressant, merci pour ce partage
très belle expérience dans cette jungle.
Bonne continuation
Michèle
Aurélie
Ton séjour dans la forêt amazonienne me rappelle le trek "survivor" (dans le texte) que nous venons d'effectuer dans la jungle laotienne... On avait les mêmes "lits" ^^ Bon, parc contre 2 jours /1 nuit m'ont largement suffi, entre l'invasion de fourmis, l'énorme araignée dans la moustiquaire, le lit qui se casse au beau milieu de la nuit, et enfin la pluie (nous, nous n'avions pas de bâche au-dessus de nos têtes...) Je ne sais pas ce que ça va être en Amazonie !
Grosses bises :-)

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