(Publié le 30 janvier 2016)Carte potosi

 

 

 

     Sur la route de Sucre, je me suis arrêté à Potosi, renommée pour ses mines classées au patrimoine mondial.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      J'avoue que sur la route qui mène du terminal de bus au centre ville, je me suis demandé ce que je fichais là, j'envisageais même de partir l'après-midi même pour Sucre. D'une part la banlieue n'a rien pour elle, d'autre part la ville est particulièrement morte à l'heure où j'ai débarqué, 7h du mat'.

PotosiJ'ai vite changé d'avis.

Il faut juste laisser le temps aux habitants d'ouvrir l’œil (en règle générale les sud-américains ne sont pas des lève-tôt) et la ville s'anime doucement, puis plus franchement.

A midi ça grouille de monde dans les rues et seule la circulation automobile reste raisonnable. C'est gai. L'architecture de certaines rues ne gâte rien, coloniale à souhaits. Je me suis senti bien dans cette ville, bien avant d'en avoir fait complètement le tour. Il y a donc ici des rues agréables à arpenter, mais aussi un petit marché qui va bien pour manger à sa faim pour rien (1,35€ le repas),Potosi et puis un chouette bar pas vraiment typique mais à la déco-bois réussie et à la programmation musicale impeccable (j'en ai un peu marre de la flûte de pan), l'endroit qu'il me fallait pour mettre à jour mes articles. J'envisageais d'un coup de rester plus que prévu mais c'est une bonne gastro m'a définitivement convaincu de rester...au lit (C'est la première fois que je suis cloué au lit depuis le début de mon voyage en septembre. Si on considère toutes les expériences culinaires que j'ai pu faire en 4 mois, dans des endroits à l'hygiène souvent plus que douteuse, on peut déduire que le corps humain et ses intestins ont un pouvoir d'adaptation juste incroyable.


 

 

 

     Après 2-3 jours de repos qui m'ont permis de perdre quelques kilos superflus, j'ai visité la casa de la moneda, qu'on traduirait par l'hôtel de la monnaie du côté de chez nous.

 

Potosi - Casa de la moneda

 

     Bâtie au pied d'une montagne regorgeant d'argent (mais aussi zinc, cuivre et tout un tas d'autres métaux) la cité a été chargée dès le XVIème siècle de produire les pièces de monnaie pour la cour espagnole et la Bolivie elle-même.

La visite de la casa est d'autant intéressante qu'elle renferme, encore en très bon état, tout un tas d'outils servant à la production des pièces. Ces beaux objets recouvrent toute la période d'activité de l'usine, jusqu'en 1956 (il me semble). Je n'ai malheureusement pris que très peu de clichés car ils sont payants (c'est pas le prix que ça coûte, c'est le principe qui me gave).

Sur une des photos (volée) vous remarquerez que la pièce est fortement ébréchée. Potosi - Casa de la monedaÇa n'est pas un effet de l'usure : les pièces étant essentiellement faites d'argent (le métal) les gens les ébréchaient sans les casser entièrement pour récupérer un peu de matière tout en gardant intacte la valeur de la pièce. Puis les éclats étaient refondus et l'argent ainsi récupéré revendu. Et c'est ainsi que sont apparues les cannelures gravées sur la tranche de nos pièces (en tout cas les anciennes). Leur présence prouve que la pièce n'a pas été ébréchée et en quelque sorte la «valide». C'est incroyable comme on se cultive sur ce blog hein ?

Aujourd'hui les pièces boliviennes sont produites au canada (!) et certains billets... en France !!

 

     Moins culturel et plus venté, je suis monté au mirador (belvédère) de la compania de Jésus qui permet d'avoir un bon aperçu de la ville et du bien nommé cerro rico (mont riche), cette montagne truffée des galeries creusées par les mineurs.

 

Potosi - Cerro Rico

 

 

     Figurez-vous que je n'ai pas visité les mines de Potosi qui sont la raison d'être du tourisme local. Un comble me direz vous, certes, mais Coralie qui les a visitées il y a quelques années me les a déconseillées. J'ai pensé que le mieux était qu'elle donne elle-même ses raisons alors voilà, l'encart ci-dessous est un espace de libre parole pour elle :

 

 

La misère en vitrine, par Coralie.

 

     A Potosi se trouve un des plus grands gisements d’argent et d’étain au monde.

Au cœur du Cerro Rico (la montagne riche), les filons ont été exploités des années durant par des grandes compagnies internationales avec la main d’œuvre locale. Ce sont les européens qui en ont tiré les plus gros bénéfices, paraît-il.

Aujourd’hui, ces filons sont épuisés, le Cerro n’est plus Rico ; les multinationales ont déserté sans aucun plan de restructuration, forcément. Que fait un mineur sans emploi ? Que fait un enfant de mineur sans qualification, dans la Province la plus pauvre de Bolivie ? Ils vont à la mine. Plus profondément encore, plus dangereusement encore ; il doit bien rester quelques pépites. En l’absence totale de sécurité, ces hommes creusent leur tombeau. Il n’y a aucun plan de la mine, les galeries sont creusées dans l’anarchie la plus totale, sans puit d’air, sans étançonnage aucun. Il y a 4 morts par mois et l’espérance de vie est de 45 ans.

C’est cette vie-là, celle des mineurs de la dernière chance, que Potosi propose aux touristes occidentaux.

Potosi - Fresque     Les tours opérateurs sont légions. Ils proposent tous la même chose, dans le même ordre. Bon, certains se démarquent quand même : leurs guides sont d’anciens mineurs. Ah intéressant. Oui mais, d’autres, versent leurs bénéfices aux mineurs. Ah bien. Oui, mais mieux encore, certains vont vraiment très loin dans la mine, eux c’est pas pour les touristes, c’est pas pour les « chochottes », c’est vraiment pour vivre la vie de mineur.

Bon.

     Mais, pour tous, ça donnera quand même ceci, à (très) peu de choses près :

Ca commence par l’essai de la tenue de mineur (ah non, eux ne portent pas ça… mais le touriste, oui, il doit se protéger) : casque, combinaison, bottes, lampe (le mineur, lui, ne dispose tout simplement d’aucun de ces 4 éléments). On prend la première photo. On s’arrête ensuite dans une boutique spécialisée et on nous invite vivement, avec une insistance curieuse, à acheter des cadeaux pour les mineurs qui ont la vie dure là-dessous et seront tellement contents de nous voir avec ces bienfaits : de la dynamite, de l’alcool quasi pur, des feuilles de coca et … du coca. On prend la deuxième photo.

On marche un peu, ça grimpe mais pas trop, puisque le but c’est quand même de descendre. Et donc on baisse la tête, beaucoup, on se courbe, et on entre. Il fait chaud, il fait sombre, on se sent vite mal. On avance, beaucoup. Puis on rencontre (enfin) les mineurs (c’est quand même l’objet de notre visite, on a payé). Ils ont les joues déformées par les feuilles de coca qu’ils mâchouillent à longueur de journée, les yeux rougis et explosés, le regard vague. Certains s’arrêtent, la plupart poursuivent leur tâche. Ils ont droit aux éternelles questions portant (à coup sûr) sur leur ancienneté professionnelle, sur l’avancée des saignées, sur la quantité d’argent récolté, sur leurs salaires … et j’en passe. On ose prendre la troisième photo. Aucun ne répond. Le guide fait, en somme, les questions et réponses tout seul. Il nous raconte qu’être mineur c’est une fierté, qu’ils sont organisés en coopératives et que ça c’est génial. Il nous demande de déposer là nos feuilles de coca, là nos bouteilles de coca, là l’alcool. Et pas ailleurs. Merci (ah non, y’a pas eu de merci), aurevoir, bon courage (vivement qu’on sorte, il fait mourant ici).

J’oubliais la dynamite ! Zut, on a oublié de leur donner la dynamite ! Ah ben non, la dynamite c’est pour le spectacle quand on sort. Le guide est tout fier de nous faire peur en faisant exploser ce truc à quelques mètres de nous. On prend la dernière photo.

     La Province de Potosi avait massivement voté pour Evo Morales lors de sa réélection en 2014 (69%). En août 2015, les mineurs se sont rebellés contre leur Président et ont bloqué toute la région pendant 19 jours. Ils estiment que celle-ci n’a pas tiré bénéfice du boom économique bolivien. Ils attendent une restructuration de la mine et l’installation d’infrastructures hospitalières et éducatives dignes de ce nom. Cela leur a été promis. Que proposeront alors les tours opérateurs ?

 

     Merci Coralie. Mais je précise, au risque de me répéter: Potosi est une ville vivante et agréable qui mérite la visite même si vous faites vous aussi l'impasse sur la visite des mines.

Commentaires (5)

Didier
  • 1. Didier | 12/02/2016
Réponse @M & Mme Prieur:

L'exploitation des "masses laborieuses" comme on disait avant, et puis aussi la corruption: la Bolivie est un des pays les plus pauvres du monde alors qu'elle possède dans son sol et sous-sol de grandes richesses. Il faudrait qu'on nous explique où partent les bénéfices de ces exploitations...

Réponse @Aurélie:
Oui la Bolivie mérite qu'on s'y attarde aussi et en conséquence - cf réponse au dessus - laisser un peu de notre argent dans ce pays qui en a besoin.
Aurélie
Grâce à toi je me coucherai plus cultivée ce soir, c'est dingue cette histoire des pièces d'argent qui étaient ébréchées pour revendre le métal...! Nous avions totalement fait l'impasse sur Potosi car nous avions tellement aimé le Pérou que nous y étions restés plus longtemps que prévu, mais je garde cette destination en tête pour un prochain séjour sud-américain. Je pensais visiter les mines, mais le point de vue de Coralie est intéressant et donne à réfléchir... Merci en tout cas pour tous ces chouettes articles, toujours aussi agréables à lire :-)
Prieur (voisin de Coralie)
  • 3. Prieur (voisin de Coralie) | 01/02/2016
Merci pour ces nouvelles descriptions et photos des derniers sites et villes visités. L'exotisme y est toujours bien présent. La présentation sans concession de Potosi par Coralie reflète bien l'idée que nous avions de cette nouvelle forme d'exploitation de l'homme à des fins purement mercantiles.
Au plaisir de vous suivre dans vos prochaines expéditions par le biais de la lecture.
En attendant, méfiez-vous quand même des moutiques tigres
Didier
  • 4. Didier | 30/01/2016
Réponse @Loulou:


C'est nulle part comme ça !
Globalement l'Amérique latine c'est juste dégueu. Bon en tout cas les pays que j'ai fait mais il faut mettre le Chili dans une case à part (plus propre, nettement).
Le pire c'est clairement le Nicaragua car là on a franchement l'impression que les gens seraient malheureux si ils ne vivaient pas au milieu des ordures.
En numéro 2 le Pérou: il y a des routes qui sur des dizaines de kilomètres sont jonchées de saloperies en tout genre et qui vous gâchent le paysage.
En 3 la Bolivie. C'est vrai que (pour le Pérou aussi) les centre-villes sont nettoyés régulièrement. Mais dès qu'on s'aventure au delà du centre, c'est l'horreur.
L'Equateur est peut-être un peu moins sale.
Ce qui est effarant c'est que les gens n'en ont rien à foutre. Si tu es à 5 mètres d'une poubelle, la normalité c'est de balancer tes papiers gras par terre.
En fait j'avais écrit des textes là-dessus mais je ne les ai pas édités sur le site. Mais parfois ça me fout hors de moi.
Bon après là-dessus il faut rajouter la pollution, notamment des bus. C'est une horreur aussi et les gens s'en accommodent bien ici
Loulou
  • 5. Loulou | 30/01/2016
Eh bien c'est toujours aussi intéressant, et en effet, je ne connaissais pas non plus l'origine des canelures sur les pièces - je pensais que c'était pour que les mal-voyants les reconnaissent mieux!
yYa un truc qui me frappe sur tes photos: les rues et les trottoirs paraissent d'une propreté incroyable! Je m'attendais plutôt à la propreté ambiance grecque...
C'est partout comme ça?

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