(Publié le 15 Avril 2017)Chiapas

 

     Un tantinet exténué, après 6 heures de bus, j'arrive à Palenque. Le site archéologique de Palenque est une splendeur - oui, encore une - construite par les Mayas et abandonnée comme beaucoup d'autres sans que l'on sache pourquoi, autour de l'an mil.

 

 

 

     Ça ne vous sautera pas forcément aux yeux mais l'architecture du site est bien différente de ceux que j'ai vu précédemment. Certains Palenquebâtiments prennent appui sur le flanc des collines. Et puis ce qui frappe c'est la proximité de la jungle, très épaisse, très verte, et dont on sent bien qu'elle n'attend qu'un moment d'inattention des conservateurs du site pour reprendre ses droits sur les vieilles pierres. Il reste ici quelques beaux bas-reliefs et puis une tour carrée du genre qu'on n'a pas l'habitude de voir sur un site Maya. Les objets trouvés ici ont été rassemblés dans un musée situé à 1km. On y trouve les plus belles fresques, colorées pour certaines, encore de magnifiques masques, et puis le tombeau du roi Pakal II dont il est dit qu'il aurait vécu prés de 100 ans. Le sarcophage pèserait 13 tonnes (!) et il est magnifiquement décoré.

 



 

La ville de Palenque ne présentant pas d'intérêt en elle-même, j'ai poursuivi ma découverte du Chiapas, d'autant que seulement 10 heures de bus (!) me séparaient de la prometteuse San Cristobal de las Casas.


     C'est toujours difficile de faire un classement des lieux qu'on a préféré au cours d'un séjour. San Cristobal de las Casas aurait pu être cet endroit-là.
     Il ne faut pas oublier sa petite laine avant de descendre du bus car ici nous sommes à 2000 mètres d'altitude (enfin du relief !!) et au petit matin on sent bien la fraîcheur. Une fois couvert, déambuler à la découverte des rues ou des places est particulièrement agréable.
San cristobal, la cathédrale On y trouve des bars/restos clairement destinés aux touristes mais également les petites cantines mexicaines plus authentiques que souvent je préfère (en fait ça dépend un peu de comme je le sens). L'architecture est bien évidemment coloniale mais avant tout, ce qu'on ressent fort, c'est la présence des indiens.

     Ils sont très nombreux dans la ville. Mais on se rend également très rapidement à l'évidence que, alors que nous sommes au coeur de leur pays d'origine, ils y ont un statut d'exclus. Ils arpentent les rues à la recherche du touriste qui voudra bien leur acheter quelques tissus ou babioles issus de leur artisanat, quelques friandises, une activité qui s'apparente vraiment à de la mendicité. Et il n'y a pas d'âge pour commencer, les gamins de 5-6 ans accompagnent les parents et tentent leur chance auprès des occidentaux attablés aux bars, ceux de 10-12 ans sont déjà cireurs de chaussures... Ce spectacle-là est bien triste. Le mouvement zapatiste qui cherche à défendre les droits des indiens a évidemment une forte audience dans la région. Sans excuser les actions violentes qui ont parfois accompagné ses revendications, on doit bien admettre qu'on les comprend un peu. Tout cela met mal à l'aise et terni vraiment le tableau. Il est clair que les gouvernements ont fait jusqu'à présent peu de cas des descendants des Mayas. Alors, en tant que touriste, on donne un peu, on achète 2 bricoles dont on n'a pas besoin, mais aussi souvent on ne donne plus car les sollicitations sont continuelles.

 

     Le malaise est moins grand dans les villages Indiens car ici ce sont eux qui mènent la barque (ou qui San Juan de Chamulasemblent la mener en tout cas). L'église de San Juan Chamula est finalement assez symptomatique des libertés que prennent les indiens dès lors qu'on les laisse vivre comme ils l'entendent, et c'est joyeux : dans cette église, les curés ne sont pas autorisés à entrer, à l'exception de l'évêque qui, une fois par an seulement, vient baptiser les nouveaux nés. Les cloches ont été déposées au sol qui est recouvert d'aiguilles de pins. Les bancs ont probablement été brûlés. Les statues de quelques saints sont alignées en rangs d'oignons sur toute la longueur des murs, mais vous n'en trouverez pas une du Christ, la vedette des lieux est St Jean Baptiste. Des centaines de fleurs fraîches -blanches ou jaunes- ont été déposées aux pieds de ces statues. Et puis, par centaines, des bougies sont allumées partout sur le sol. Les indiens se retrouvent là par petits groupes, assis par terre. Ils discutent entre eux. Le curé n'est pas admis dans l'église, mais le sorcier du village quant à lui se penche sur certains fidèles pour les laver de leurs péchés, à moins qu'il ne les exorcise allez savoir. C'est au final très émouvant de voir comme les autochtones se sont réappropriés les lieux, mais aussi la religion catholique, en y incorporant leurs croyances ancestrales. Quel dommage (ou peut-être tant mieux) que les photos soient interdites à l'intérieur.



 

     Au départ de San Cristobal (ou bien de Tuxtla mais cette villeSumidero ne vaut pas tripette) on peut faire une excursion au canyon del Sumidero. On suit d'abord une route qui surplombe ces belles gorges. Je n'ai pas pu m'empêcher de faire un parallèle avec les gorges du Verdon. Celles-ci me paraissent tout de même plus étroites. Au plus haut elles affichent un dénivelé de 1000 mètres avec la rivière qui fait doucement sa vie. C'est d'ailleurs une différence essentielle avec le Verdon car ici la rivière est navigable. Après avoir admiré le canyon depuis quelques balcons, on fait donc comme les centaines de touristes qui se retrouvent dans le coin chaque jour, on navigue au fond. Le côté concentration et promène-couillons est toujours assez pénible mais il faut bien avouer que le spectacle est au rendez-vous avec des falaises vertigineuses qui encadrent la rivière et des bébêtes qui se prélassent sur les berges.

     La balade de 2 heures sur l'eau passe vite pour peu que le "capitaine" agrémente l'excursion de quelques anecdotes. Ainsi on apprend que du point le plus haut se sont jetés dans le vide quelques centaines d'Indiens pour échapper à la domination Espagnole au moment de la conquista. Aujourd'hui les Espagnols sont très sympas mais il faut croire qu'à l'époque ils étaient en tantinet relous avec les indigènes pas convertis à la belle religion catholique. Le film de Roland Joffé "Mission", avec Robert De Niro et Jeremy Irons, raconte bien certaines des atrocités commises à l'époque. Il est à voir et à revoir sur ce sujet, même s'il se déroule en Amérique du sud (admirez les fabuleuses chutes d'Iguazu, c'est en Argentine).

 
 

 

     La terre est blanche, elle porte parfois de magnifiques cactus, comme on s'y attend au Mexique.

 

 

 

Au loin les premiers volcans.Dans le bus

La route traverse de beaux paysages montagneux et semi-arides.

Elle m'emmène vers le nord.
 

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