(Publié le 24 octobre 2015)

 

     Il faut pas moins de 5 bus et autant d'heures pour rejoindre Latacunga depuis Otavalo en traversant Quito dans toute sa longueur.

Je n'ai pas trouvé de charme particulier à Latacunga mais il est dit que chaque étape me révélera son lot de surprises : Alerté par une employée de l'hôtel où je réside, j'ai grimpé 4 à 4 les marches qui mènent à la terrasse. Et là quel spectacle ! Le Cotopaxi entre en éruption !! Un énorme panache s'échappe du cratère, situé à 25 km. Le Cotopaxi s'énerve

 

D'ici le Cotopaxi est vraiment un mastodonte et il est redouté. Les grincheux souligneront qu'on ne voit pas de coulées de lave sur la photo mais je considère que c'est une grande chance. Car si Latacunga n'a pas de charme, ça n'est pas un hasard : elle a été détruite et re-détruite, construite re-construite et re-re-construite au fil d'éruptions dévastatrices. Au final aucun bâtiment n'est donc très ancien dans cette ville. En guise de prévention chaque magasin affiche les zones à risque, Calmons nousc'est à dire celles où la lave est susceptible de s'écouler. Après vérification mon hôtel est bien situé, comme plus de la moitié de la ville, là où il ne faut pas être.

 

Il ne va rien arriver, il ne va rien arriver, il ne va rien arriver...


(Désolé pour la qualité des photos, le jour était en train de tomber et même un météorologiste ne peut choisir le moment de l'éclaircie)

 

 

 


     A un quart d'heure de bus se trouve la petite ville de Saquisili où se tient chaque jeudi un marché qui vaut parait-il le coup d’œil, et devinez quel jour nous sommes ? Bingo, ni une ni deux, me voici au milieu des casseroles, des oranges, des pommes, des bananes, du poisson, des poules des dindons et des canards, des meubles, des grilles en fer forgé, des tournevis, des bouis-bouis odorants, des barbecues fumants, des marchands ambulants, des chiens qui mendient un bout de viande...

Là encore quel spectacle ! Et quel dépaysement ! Un truc qu'on ne voit jamais sur nos marchés, c'est la vente de cochons d'Inde.
Je devine un peu votre air ahuri :
« - Des cochons d'Inde, pour quoi faire ???
- Ben... Pour les manger tiens ! »
Ces petites bêtes ne me laissent jamais indifférents. Quand elles tournent en rond dans leur cage, ça m'attriste. Et quand elles tournent en rond sur la broche, ça réveille mes papilles. Je rigole mais pour de vrai je n'ai pas réussi à me lancer dans la dégustation, bien qu'objectivement ça me paraissait très appétissant. Certains tabous - manger un animal de compagnie par exemple – sont difficiles à transgresser.

 

 

 

 

 

Finalement je me replis sur des œufs de caille, souvent proposés dans la rue. Autant que je sache la caille n'est pas un animal de compagnie, et je me régale de 5 petits œufs durs (0,50$) relevés d'une sauce un peu piquante. Je me laisse également tenter par un jus frais de mûres qu'on trouve semble-t-il partout en Équateur. Le jus de mûres c'est mon pêché mignon depuis mon arrivée en Équateur et c'est juste délicieux. Une tuerie.

La route de retour permet de profiter encore de belles vues sur le Cotopaxi, plus calme que la veille.

 

 

     La boucle de Quilotoa se fait au départ de Latacunga. Et le bus monte, monte, monte...

A 3000 mètres au dessus de la mer les paysages sont doux. On n'imagine pas par chez nous qu'il puisse y avoir des gens qui cultivent à cette altitude-là. Au delà de cette mosaïque de Guayasaminchamps les vaches ont l'immensité à brouter. A la vue des maisons très misérables on devine que le travail d'agriculteur ne doit pas rapporter grand chose aux indiens qui vivent sur ces hauteurs. Je repense à la phrase de Guayasamin (je pleurais parce que je n'avais pas de chaussures jusqu'à ce que je vois un enfant qui n'avait pas de pieds). Et même si au fond ce raisonnement me paraît un peu con - nous ne pourrions pas nous plaindre parce qu'il y a plus malheureux que nous ? - il est difficile de ne pas faire le parallèle avec nos petites vies souvent confortables et bourgeoises malgré tout ce qu'on en dit.

 

Les bergères

 

 

Au fil des kilomètres, finalement, quelques pics émergent, probablement tous d'origine volcanique. Comme j'ai regretté sur cette route qu'il ne soit pas possible de louer une moto dans la région.

 

 

     A Quilotoa il y a 2 trucs à faire :

  1. Admirer le cratère du volcan, occupé par un lac. C'est très beau, on admire, et les touristes équatoriens se contentent de ça et puis de faire un peu de canoë au fond.

  2. Se réchauffer, car on est ici à 3800 mètres d'altitude et ça caille grave, notamment lorsque le brouillard s'installe. De toute évidence la surproduction de globules rouges ne produit pas de chaleur. Et quand le tout jeune garçon qui travaille à l'hôtel vous dit qu'il n'allumera le poêle de votre chambre qu'après le dîner, vous lui souriez mais vous n'en pensez pas moins.

 

Quilotoa 38

 

Le village n'a rien à offrir d'autre que des hôtels et des restaurants. Un truc étonnant dans ce hameau est de voir le nombre d'enfants qui travaillent, à garder les moutons, à balader les touristes à dos de mule jusqu'au fond du cratère, à vous accueillir au resto ou à l'hôtel. Je suis ici en plein pays Quechua, ces gens vivent « comme avant » et loin de nos idéaux. Il faut croire que depuis toujours les Quechuas font travailler les enfants qui du coup se tiennent à carreau. On ferait bien d'en prendre de la graine.

Si je ne comprends rien à ce que les gens me disent, c'est cette fois normal, ils parlent Quechua pardi. Mon sac à dos made in Décathlon revient donc à son pays d'origine.


     Alors que les touristes équatoriens contemplent, les européens se lancent dans une rando ou l'autre. Au choix le tour du cratère (5 heures) ou la « boucle de Quilotoa » mal nommée car quasi-personne ne se lance dans la boucle complète, qui dure plusieurs jours sur des sentiers mal tracés. Je me suis contenté de faire la première étape, comme la plupart. En 4 heures de temps on profite de beaux paysages et puis, le hasard faisant les choses, on fait des rencontres, 2 espagnols 1 coréenne et 1 italien en ce qui me concerne. L'occasion d'échanges sympas, dans un castillan qui rassemble des accents du monde.

 

 

Après quelques efforts on arrive à Chugchilàn, un petit bled dont l'ambiance est très Sergio Leonesque : Les quelques villageois vous regardent passer et il ne manque que la musique d'Ennio Morricone pour être accueilli comme dans un western.

     A Chugchilàn, il ne se passe pas grand chose. Le pays est indien, la ville est loin, et le bus de demain m'y ramènera bien assez tôt. Il ne se passe pas grand chose, et c'est très bien comme ça.

 

 

 

 

 

 

Quilotoa 26

 

 

 

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